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Paroles aux jeunes...


«Maurice pe koule. Nous reculons»

Ils étaient une bonne dizaine de milliers à avoir participé à la manifestation anti-abolition des subventions sur les fees SC/HSC, vendredi dernier à Rose-Hill. Nous avons interrogé certains des collégiens qui y ont participé.

Pourquoi participez-vous aux manifestations?

Sarah: Ce qui se passe actuellement me touche personnellement. Notre avenir est en jeu. Ce sont ces examens qui déterminent notre avenir. Sans cela nous sommes foutus.

Lina: Je trouve que ce que font les autorités est inacceptable. Par exemple, mon père, qui est chauffeur de taxi, touche plus de Rs 7 500 et moins de Rs 10 000. Nous sommes à deux, dans ma famille, à prendre part à des examens et nous sommes donc supposés recevoir une aide de 50%. A la Sécurité sociale, on a demandé à mon père de payer la totalité des coûts et qu'il sera remboursé ultérieurement. Je n'avais jamais entendu parler d'une chose pareille.

Farheeni: Croyez-vous qu'une famille qui gagne Rs 7 500 peut envoyer son enfant prendre part au SC après avoir payé toutes les dépenses du mois? Je ne pense pas.

Sarah: Il y a des parents qui, avec deux enfants qui sont supposés prendre part aux examens, sont obligés de faire un choix. Le gouvernement n'est pas en train de «put people first».

Garry: Avant, les élèves ne se mobilisaient pas parce que certains ne se sentaient pas concernés. Il y avait aussi un manque de sensibilisation. Avec la Plateforme nationale, il y a une organisation des activités. Certains disent que nous sommes manipulés. Ce n'est pas vrai. D'ailleurs c'est nous, les collégiens, qui avons eu l'idée de boycotter le discours du PM. Pourquoi écouter ses représentants quand il ne nous écoute pas ?

Sameerah: Enlever les subsides est vraiment injuste pour les parents qui n'ont pas les moyens. Certains se sentent aussi humiliés. D'autres élèves, découragés, songent à quitter le collège. Il y a aussi le stress. Certains ont aujourd'hui l'impression d'être un fardeau pour leurs parents.

Pourtant, certains disent qu'avec le nombre de collégiens qui détiennent aujourd'hui un téléphone cellulaire, le Mauricien n'est pas pauvre.

Sarah: Ceux qui disent cela se basent uniquement sur une petite partie de la population : ceux qui ont les moyens.

Farheeni: Personnellement, j'ai économisé pendant toute une année pour pouvoir m'acheter un téléphone. Mes parents m'ont aidée qu'un tout petit peu.

Sarah: J'ai l'impression que les autorités ne voient que ce qu'ils veulent bien voir. Ils vont à la rencontre de la Nation que dans le cadre des élections.

Garry: Beaucoup reçoivent leur téléphone à l'occasion des fêtes. Quant aux autorités, je pense qu'elles sont conscientes de bien des choses, mais pour des raisons politiques, elles jouent les durs d'oreille. Même après la manifestation du 22, ils ne nous ont pas écoutés. Entre-temps, l'heure du paiement des frais d'examens approche à grands pas.

Allez-vous payer?

Farheeni: On sera bien obligé. Notre avenir en dépend.

Garry: Je trouve tout cela dégoûtant. On dit que nous bénéficions de l'éducation gratuite. Kot li ed nou ? Apre sa li atann ki apre liniversite deor nou retourn ici pou travay pou pei.

Farheeni: En effet, après tout le mal que nous nous donnons à étudier pour après avoir un salaire pas extra du tout, ce n'est pas étonnant que les jeunes quittent le pays.

Abeer: Je suis actuellement en Form III. J'ai peur que dans deux ans, les frais d'examens soient encore plus exorbitants. Je me fais du souci pour mes parents, qui sont des gens modestes.

Que vous inspire le gouvernement actuel?

Garry: Je ne vois pas ce: Put people first. Zot inn bien pass diber pandan 100 zour, apre lavi inn mari sanze. Ils changeront certainement de manière de faire à l'approche des élections.

Sameerah: Je suis très triste. On nous a soi-disant donné le transport gratuit, mais les receveurs d'autobus ne nous parlent pas correctement. Zot fer skandal ar nou. On nous laisse souvent attendre à l'arrêt d'autobus. Tout ce que nous endurons dans ces autobus, c'est vraiment humiliant.

Sarah: Nous avons l'impression que ce sont les propriétaires d'autobus qui savourent réellement les bénéfices du transport gratuit.

«Ce n'est pas la rue qui gouverne le pays». Vos réactions à cette déclaration.

Garry: C'est quand même la rue qui vote le gouvernement. Quoi qu'il en soit, un parti politique, arrivé au pouvoir, li pou bezer mem.

Sarah: Le gouvernement est supposé servir le peuple. Or, le peuple n'est pas pris en considération. Voter, c'est comme se condamner.

Farheeni: Oui, tout cela ne donne pas envie d'aller voter. Un autre groupe au pouvoir ferait la même chose que son prédécesseur.

Croyez-vous que «la population a le gouvernement qu'il mérite»?

Garry: Les gens sont c... Dès qu'ils reçoivent quelque chose d'un groupe politique, ils oublient les souffrances endurées. Je ne crois pas que cela puisse changer de sitôt. Il faut toutefois que les politiciens apprennent à respecter leur parole.

Farheeni: Ils ne sont pas conscients de l'importance de leur choix et ne donnent pas la chance à d'autres politiciens.

Lina: Il est impératif que le Mauricien apprenne à voter comme Mauricien et non comme quelqu'un appartenant à telle ou telle communauté. Il faut qu'il y ait un changement de mentalité.

Comment voyez-vous votre avenir?

Farheeni:Mo trouv mo lavenir bien noir. Si mes parents n'arrivent pas à trouver l'argent pour m'envoyer à l'école, je serai la grande perdante.

Sameerah: Il n'y a que les riches qui pourront s'en sortir. Nous n'avons aucune garantie de réussite. Maurice pe koule. Nous retournons en arrière.

Garry: Je n'ai aucune intention de faire ma vie à Maurice. Les choses ici vont aller de mal en pis. Quand je partirai, je n'aurai aucun regret, sauf pour ma famille. Le pays est malade.

Martine Théodore


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