Disparition en mer


Nathalie :
«J'ai confiance :
il reviendra»

«Mo ena lespoir li pou retourne», lance Nathalie, le regard perdu. Depuis jeudi, elle n'a plus de nouvelles de son compagnon, Elysée, parti en compagne de pêche sur un des bateaux de la compagnie Hassen Taher qui a disparu en mer. Comme elle, ils sont plusieurs à attendre ce coup de téléphone qui viendrait enlever ce poids sur le cœur, qui s'alourdit jour après jour. Mais le temps passe. «Je ne dors plus. Je n'ai plus goût à rien. Je vis dans l'angoisse.»

C'est pour pouvoir terminer sa maison qu'Elysée avait choisi de reprendre la mer après avoir fait une pause d'une année. Pêcheur depuis l'âge de douze ans, il n'eut toutefois pas l'autorisation d'aller pêcher sur les gros bateaux à cause de cette année d'arrêt. «Elysée n'était plus reconnu comme pêcheur. On lui a demandé de faire deux campagnes de pêche sur les petits bateaux avant d'aller sur les plus grands», raconte Nathalie. Une première campagne et le voilà parmi les seize pêcheurs disparu.

Pour elle, et surtout pour ses deux enfants de 8 mois et 4 ans, elle veut croire au retour d'Elysée. «J'ai confiance qu'il reviendra. Je le sens. J'ai des pressentiments et ils sont toujours exacts. Je sais qu'il est là quelque part.» Et ainsi, depuis le 23 février, chaque soir, Nathalie accompagnée des siens, se joint au groupe de prière qui se retrouve à l'Apostolat de la mer. Elle prie... Non seulement pour le retour d'Elysée, mais aussi pour elle et ses enfants, car Elysée était l'unique gagne-pain de la famille.

Femme au foyer, sans l'aide de la Sécurité sociale et des dons de la compagnie Hassen Taher, Nathalie se retrouverait sans le sou. Mais si, pour l'instant, il leur arrive de l'aide, cela risque fort de ne pas être le cas tout le temps. «Nous allions nous marier cette année. Si le pire venait à arriver, seuls les enfants toucheraient une pension. Je vais devoir trouver un moyen pour m'en sortir. Je vais attendre, voir la tournure des événements avant de décider quoi faire.»

Line

Hassen Taher


Les recherches se poursuivent

Depuis la disparition du King Fish II et V, la compagnie Hassen Taher, propriétaire de ces deux bateaux sont sous les projecteurs. Et si, dans un premier temps, certaines familles des disparus se sont plaintes d'une mauvaise communication avec cette compagnie, la situation s'est aujourd'hui bien améliorée. D'ailleurs, pour garder les familles les mieux informées possible, une ligne de téléphone spéciale a été mise à leur disposition.

Se disant très peinée par la disparition des deux bateaux, la compagnie Hassen Taher s'est engagée dans l'exercice de sauvetage en mobilisant deux bateaux, le Sea Treasure et le Sea Crest. Et, même si, pour l'heure, les recherches se sont révélées vaines, la compagnie a choisi de continuer à scruter les eaux. «Cela ne fait que 17 jours depuis qu'ils ont disparu. Le life raft peut permettre aux personnes de tenir au moins un mois. 17 jours de recherches, c'est vraiment peu quand on sait qu'on a déjà retrouvé des gens après cinquante jours de dérive», nous a confié Jimmy Jean-Louis, porte-parole de la compagnie. «Nous avons aussi une cellule de crise qui se réunira à n'importe quelle heure si jamais une information nous parvenait.» Afin de venir en aide à la famille des disparus, la compagnie Hassen Taher leur a aussi fait des dons de vivre et d'argent. «Nous prônons une approche humaine dans une situation de crise.»

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