Pêche sur les bancs


Métier à haut risque... Risques du métier

Depuis le 23 février dernier, la compagnie Hassen Taher et les familles des membres de l'équipage du «King Fish» II et V sont sans nouvelles de ces deux bateaux partis en campagne de pêche au large de St-Brandon. Toutes les opérations de sauvetage ont, à ce jour, échoué, mais l'espoir de retrouver les seize disparus est toujours de mise. Ce drame humain force aussi à se poser des questions sur les conditions d'emplois dans ce secteur. Pour bon nombre de pêcheurs de bancs, une campagne de pêche est une aventure dure et périlleuse, souvent entreprise dans des conditions difficiles.

Clélio est «pêcheur-banc» depuis une vingtaine d'années. D'ailleurs, en un an, il ne passe en moyenne que quatre mois à terre. Le reste du temps, il sillonne l'océan Indien à bord de différents bateaux, à la recherche de plus de poissons. Marié et père de deux enfants, il n'est pas prêt d'arrêter ce métier, même s'il avoue que c'est un travail très risqué. Les normes de sécurité sur les bateaux ? Pour lui, c'est une chose qui existe, tout en étant inexistante. «Il y a des bateaux qui respectent certaines règles. Mais c'est une minorité.»

Rien que pour les équipements de sauvetage et de survie, les choses laissent à désirer. «Nous sommes supposés avoir tous des gilets de sauvetage, des radios, des flez. Mais ce n'est pas toujours le cas. Et si jamais il y a des gilets, bien souvent ils sont entassés dans un coin et pas à portée de main en cas de panique.»

Pourtant, ce sont des choses simples qui pourraient sauver des vies humaines. «On aurait dû nous donner des sifflets. Ceux-ci nous aideraient pour signaler notre présence. De même que ce petit gadget muni d'une lumière qui indiquerait où on est si jamais on tombe à l'eau.»

Pour Olivier, pêcheur artisanal et «pêcheur-banc» de temps à autre, même la formation à l'école navale laisse à désirer. «Nous apprenons quelques petites choses ça et là : comme comment faire des noueux, mais sans plus. Bien souvent ils nous apprennent des choses que nous pêcheurs savons déjà.» Pourtant, même si, selon les dires des pêcheurs, aller à l'école navale n'est guère enrichissant, cette

formation de 3 à 6 semaines est indispensable pour celui qui veut prendre le large. Car la loi l'exige.

La loi présente

Cette loi, elle est d'ailleurs bien présente et stipule bien des choses. Par exemple, mis à part le certificat de l'école navale, celui qui va pêcher sur les bancs doit avoir un livret. Comme un carnet de présence, ce livret est rempli par l'employeur à chaque campagne. Il atteste ainsi que telle personne a bien participé à telle campagne. D'autre part, seul un pêcheur ayant fait un certain nombre de sorties dans les petits bateaux (qui partent, à l'exemple du King Fish II et V, que pour une quinzaine de jours) ont le droit de participer à de plus grosses campagnes, qui peuvent durer plusieurs mois.

Ce sont d'ailleurs ces campagnes de plusieurs mois qui attirent le plus les «pêcheurs-banc». Pas pour de l'argent, car participer à une grande campagne de pêche ne rapporte pas beaucoup plus d'argent que lors d'une petite. Mais, ici, l'aspect sécuritaire n'est pas à négliger. «Bann ti bato-la kouma dir enn lakok pistass», raconte Clélio. «Au moins on se sent plus en sécurité sur les gros bateaux.» Idem pour Marco, qui se plaint du manque d'espace sur les petits bateaux ainsi qu'un manque d'entretien.

Manque d'hygiène

Cela dit, petit bateau ou pas, sur mer, les pêcheurs sont loin de vivre comme des poissons dans l'eau. Le manque d'hygiène et d'espace sont les principaux soucis des pêcheurs. Clélio et Olivier sont unanimes. Le bain, si on peut l'appeler ainsi, se prend à ciel ouvert et presque à la vue de tous. Pour dormir, les pêcheurs ont droit à une petite couchette placée dans une pièce, où ils dorment «enn lor lot».«La vie de pêcheur n'est pas facile, mais nous devons faire ce métier pour nourrir nos familles», partage Clélio. Pour ce dernier, le métier de pêcheur est certes difficile, mais c'est un métier intéressant si le pêcheur possède tous les équipements nécessaires pour le pratiquer.

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