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Bois-Marchand


BMWA : signe d'espérance

La Bois-Marchand Women's Association (BMWA) est un signe d'espérance pour Bois- Marchand, petit village à l'entrée nord de la capitale avec environ 300 familles catholiques. Certaines parties du village sont la parfaite illustration que des compatriotes vivent dans une pauvreté extrême. Cependant, tout n'est pas noir : des mères de famille tentent de s'en sortir grâce à la BMWA, créée par les religieuses de Lorette
en juillet 2001 et relancée le 6 février 2006.

Motivée et passionnée par sa mission, Sr Marie-Thérèse Chung accompagne depuis une année déjà quelques femmes de Bois-Marchand au sein de la BMWA, située à côté de l'école Sainte-Famille (toutes deux fondées par les sœurs de Lorette). Là, elle leur prodigue un cours de formation de trois ans. Son objectif : remettre debout intégralement les femmes de cette localité. D'abord, en leur permettant de se prendre en charge pour ensuite être des femmes entrepreneurs. Rosemonde, Kamla et Fleurette sont trois bénéficiaires du cours depuis février 2006. En cours de route, elles ont été rejointes par Marie, Jennifer et Stéphanie. Une fois par mois, le cours est prodigué à vingt-sept femmes du village.

Sa présence dans la localité, explique Sr Marie-Thérèse, vient répondre à un0e des recommandations du Synode : l'option préférentielle pour les pauvres. «J'ai voulu partager la formation que j'ai reçue pendant 18 mois à l'Institut de formation intégrale de Montréal.» De plus, les femmes ont eu le goût de la prière et participent régulièrement à la messe dominicale. Le but de Sr Marie-Thérèse est de cultiver un climat de paix, d'amour et d'harmonie au cœur de chaque famille à Bois-Marchand. «Cela rejaillira ensuite sur le quartier et, plus tard, sur le pays.»

Construire la confiance

Au cœur de sa formation : permettre à chacune de se débarrasser des peurs qui l'habitent pour y construire la confiance. Viennent se greffer ensuite l'engagement et la responsabilité. De même, le discernement afin de remettre en place les priorités dans toute chose et l'organisation au sein de sa famille pour pouvoir se donner et aussi l'organisation du temps leur sont inculqués. La formation débute à 10h00 et, à partir de 9h50, les femmes se pointent avec le sourire aux lèvres.

Cette première partie du cours est très appréciée par les participantes. Elle est basée essentiellement sur la partie humaine et spirituelle. L'accent est mis sur la personne qui découvre son existence ­ avec un cœur, un corps et un esprit. Et aussi l'existence de Dieu dans leur vie. «On est venu de Dieu et on part vers ce même Dieu. Sur cette terre, on n'est que de passage, mais Dieu a un plan pour chacun de nous.» C'est ainsi qu'elles apprennent à découvrir ce plan de Dieu dans leur vie et aussi à vivre fraternellement et à s'entraider.

Canaliser forces et énergies

Grâce à une relecture de leur vie et de leurs expériences, les femmes sont amenées à découvrir leur potentiel. Elles sont appelées à faire bouger les forces et énergies qui les habitent à travers des exercices ­ en vue de bien les canaliser. Et une bonne respiration à plein poumon le matin. Tout cela désormais leur fait aussi beaucoup de bien. Dans l'après-midi, Sr Marie-Thérèse se consacre à la formation professionnelle ­ pour les initier à être des femmes entrepreneurs (pâtisserie et couture). L'accent est mis sur la solidarité de travailler ensemble, avec le sourire et dans un cadre hygiénique. La ponctualité,

la régularité et l'engagement sont les trois maîtres-mots pour être un bon entrepreneur, leur fait comprendre Sr Marie-Thérèse. Chaque mardi, Cathy, une volontaire habitant Coromandel, les initie gratuitement à la pâtisserie.

Faire le budget d'énergie

La première année du cours est axée sur la prise en charge de la personne et sur l'importance de savoir travailler dans le temps. La deuxième année, elles sont initiées à apprendre à anticiper. C'est-à-dire, à faire leur budget d'énergie à la veille d'une grosse commande ou alors à apprendre à faire face au temps creux. Elles apprennent également à gérer leurs émotions et leurs frustrations. Et à transformer toute expérience négative en une expérience de vie. Durant la troisième année, Sr Marie-Thérèse revoit et consolide tout ce qu'elle a fait durant les deux premières années. «C'est important que tout soit intégré.» Au bout de ces trois ans, Kamla, Fleurette et Rosemonde pourront se lancer dans une petite entreprise et former ainsi d'autres femmes du quartier.

Un an après, la BMWA entreprend déjà plusieurs commandes de pâtisseries (napolitaines, brioches, puits d'amour, massepains, muffins, tourtes cocos, tartes bananes...) pour des anniversaires ou autres fêtes ainsi que des gâteaux «LaVierge» et bûches de Noël. Elle s'adonne aussi à la confiture, à la marmelade et à la gelée de divers fruits ainsi qu'à la pâte de fruits, sans oublier la variété de piments et d'achards en pots. L'association fait des sacs portefeuille, sacs-à-pain, sacs bouteilles. L'an dernier, elle s'est adonnée gratuitement à la confection des sacs pour aider les membres du Groupe 40 à la levée d'un fonds.

Sens du partage

Le sens du partage est très fort au sein de l'association. «Il faut donner gratuitement ce qu'on a reçu gratuitement», disent-elles. Une fois la semaine, elle vient en aide aux enfants de l'école Ste-Famille en donnant à quelque 40 enfants un pain fourré. Chaque jour, des gâteaux leur sont vendus à un prix réduit. Par ailleurs, pour la dernière fête de l'Assomption, elles ont préparé cinquante gâteaux qu'elles ont vendus à Rs 100 l'unité. Le but est que chaque famille de la localité puisse avoir un «Gâteau Marie».

Sœurs Marie-Josée et Marie-Thérèse disent un grand merci à tous ceux qui les ont aidées afin de lancer cette association. En particulier au Groupe d'amis de Montréal, qui a fait don pour l'achat d'un four semi-industriel et d'une batteuse d'une valeur de Rs 115 000 ; à l'association Friends of the Poor, de Toronto, groupe œcuménique qui les a aidés en versant un chèque de Rs 60 000 (argent qui aidera pour le progrès et l'épanouissement de quelques familles de Bois-Marchand) ; à la société Forteresse, pour le don d'un congélateur; sans oublier une famille de Mare-d'Albert qui les a beaucoup aidés l'an dernier; les aides des élèves du collège Lorette, la communauté de Lorette et tous les amis et bénévoles.

Les remerciements vont aussi et surtout aux provinciales des soeurs de Lorette pour avoir eu le courage d'envoyer les sœurs dans les faubourgs. Leur rêve est de pouvoir enrayer la pauvreté qui existe dans ce petit village et remettre les habitants debout. «Tout est dans la décision, fait remarquer Sr Marie-Thérèse, l'importance c'est d'assumer les conséquences... bonnes ou mauvaises.»

Sandra Potié

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