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La messe (l)

Le sujet n'est pas facile... mais de brûlante actualité. De plus, il engage l'avenir. Pour plusieurs raisons donc, j'ai fait appel à quelques «renforts», dont les réflexions me paraissent intéressantes et peut-être inspirantes.

Michel Legrain

«Notre liturgie s'est cérébralisée et est devenue l'affaire de quelques acteurs et d'une chorale. Tandis que chacun s'efforce individuellement d'y puiser sa nourriture spirituelle. L'expression «l'assistance» définit bien ce que le clergé attend d'elle : qu'elle accueille ce qu'on lui offre. Le célébrant lui-même accomplit trop de gestes sur le mode répétitif - avec un non-engagement et une précipitation ou une mesquinerie déplorables. Le tout transpire la platitude et l'absence de conviction. L'assemblée ne s'y trompe pas : elle répond par une participation gestuelle ou chantée encore plus étriquée.» (Le Corps humain)

Célébrer pour faire Eglise

(Joseph Pierron)

«Le chant n'est pas l'ornementation de la célébration : il constitue une autre parole, une parole de fête, contre-distinguée de cette parole qui est le commentaire, plus réflexif, plus interprétatif !

«Omissions fréquentes : Kyrie et Gloria. Nous ne souhaitons pas que leur récitation devienne répétition. En d'autres occasions, utilisation solennelle - ouverture du carême, montée vers Pâques.

«La récitation du Credo est le plus souvent télescopée : ce texte élaboré pour éviter les hérésies est composé dans un style qui n'a pas la tonalité généreuse de nos célébrations. Il n'est pas ressenti comme un dynamisme, encore moins comme un appel. Nous prenons la confession baptismale. Autre exemple : les oraisons latines traditionnelles, bien rythmées, théologiquement inspirées qui, traduites en français, ne disent rien.

«Textes d'Ecriture : le plus souvent, nous les prenons - exception : Jean 3 pour le baptême. Le découpage des péricopes n'est pas évident, leur traduction parfois approchée, supportée par des présupposés. Très souvent, on ne voit pas le principe qui a conduit à mettre ensemble les trois textes. Habituellement, nous n'en prenons qu'un. Dans le texte retenu, on choisit une phrase qui indique le grand axe de la célébration.

«Qui célèbre ? Une fois admis que c'est la communauté qui célèbre dans l'esprit, il est apparu qu'une équipe liturgique ne répondrait guère à ce principe. La préparation de la célébration a lieu le mardi soir : vient qui veut. Risques : a) se retrouver tout seul ; b) voir souvent les mêmes têtes. Mais c'est aussi s'ouvrir à une recherche insoupçonnée.

«Dans la même ligne, on a voulu éviter la constitution d'une chorale séparée. La communauté qui célèbre est aussi celle qui chante.»

La cérémonie

Il y a une différence entre célébration et cérémonie. La première est vivante et admet la créativité ; la seconde ne souffre rien de ce qui n'est pas prévu et notifié. La messe, qui pourrait, qui devrait être une célébration, se déploie sur le mode de la cérémonie. Ce qui est dû à plusieurs facteurs :

a) Un cadre fixe, un déroulement immuable : impossible d'y toucher. Tout est programmé, ne laissant place à aucune initiative. Comme si la moindre créativité pouvait nuire au sacrement.

On travaille pour l'ordre, l'ordonnancement. Plus ça fait militaire, mieux c'est. A une époque, le lecteur sortait de son banc et allait lire. On a trouvé que cela faisait désordre. On a trouvé plus ordonné : les trois lecteurs viennent ensemble saluer l'autel, entrent dans le chœur, prennent place sur des sièges et viennent à l'ambon chacun à son tour. Comme ça, c'est plus beau.

b) La manière de lire, le ton. Toutes les prières, celles du missel ou celles rédigées par l'équipe liturgique, sont du même style officiel, dites sur un ton officiel.

Les annonces sont un modèle du genre : un horaire des messes, un avis de vente de gâteaux sont proférés

sur un ton solennel, comme si on déclamait les articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Alors qu'il s'agit de quelques nouvelles banales adressées à une communauté de frères et de sœurs.

Est-il si difficile de faire simple ? Une manière simple de dire, des gestes simples, un peu d'inédit, une parole non programmée...

c) Un manque d'unité : les lectures tirent d'un côté, les prières du missel d'un autre, l'homélie d'un troisième, les prières composées parlent d'autre chose. Manifestement, il n'y a pas concertation entre les acteurs principaux.

d) L'assemblée ne sera entraînée dans la prière que si le célébrant prie. S'il lit des textes, s'il le dit dans un ton récitatif, si donc il ne les prie pas - il y a un ton pour prier -, il n'y a aucune chance que l'assemblée puisse prier. Au mieux, elle écoutera, mais prier, mais faire que cette prière devienne sienne, non, ce n'est pas possible.

Langue

Le Synode l'avait demandé et, plus largement encore, beaucoup de personnes : que le créole ait une meilleure place à la messe. Pourtant, l'évêque a nommé une équipe, où se trouvaient trois prêtres créoles, pour la traduction des textes. Comment se fait-il qu'on n'en voie pas les fruits ?

A mon avis, cette opération doit être accompagnée, claire et répétée, pour les uns et les autres : on ne parle pas créole parce qu'on a peur que les Créoles ne comprennent pas le français - là n'est pas la question ! On parle créole pour dire à tous que Dieu accepte, que Dieu aime que l'on s'adresse à lui dans sa propre langue. Dieu aime toutes les langues que ses enfants parlent, n'importe quelle langue : le latin n'est pas mieux que le français ; le français n'est pas mieux que le suédois, le japonais, le swahili, etc... Si ce message n'est pas reçu, on risque l'incompréhension et la souffrance de tous les croyants.

Langage

«De nos jours, l'Eglise ne sait plus prier, car elle utilise pour cela des textes qui ne sont plus priables.» (Marcel Légault) Et il cite psaumes, oraisons. Les textes du Premier Testament ne
disent pas grand-chose - il faudrait connaître l'histoire qui les a produites - et les épîtres de Paul, sauf exception, ne sont pas claires. L'Evangile, on comprend, mais l'homélie qui suit pas toujours accessible : les mots, les expressions, les tournures de phrase, les raisonnements en font un exercice difficilement écoutable.

Est-il impossible de composer des prières simples - inspirées de l'oraison difficile - ; de situer le texte du Premier Testament en faisant vivre l'histoire ; d'expliquer celui du Second tout en empruntant des passages ? Et parler clair, et parler simple. Que la messe soit un acte de communication et non un monologue stéréotypé que l'on est obligé d'entendre.

Un mot du Credo (credo = je crois). Que toutes les messes dans toutes les paroisses imposent la récitation de ce texte ancien qui relève de catégories de pensée qui ne signifient plus rien pour nous est pour le moins étonnant. «Il est incroyable, ce Credo !», disait une jeune fille. Un Credo incroyable. Il est rarissime d'entendre le symbole des apôtres plus accessible. Pourquoi ne pas composer des credos qui disent notre foi d'aujourd'hui ? A l'époque où les pères Adrien Wiehe et Alain Harel étaient à Sainte-Hélène, nous composions beaucoup de prières, beaucoup de credos. Ces prêtres étaient d'accord pour être inventifs.

La plupart des textes avant l'Evangile demanderaient à être traduits en langage simple. Que veulent dire : récriminer ? Sacrifice de louange ?... On peut en écrire des pages.

Solange Jauffret

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