Yolande Laville, «Miss Catesiss»


«Accompagner, c'est récolter»

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Yolande Laville, habitante de Saint-Remy, Centre-de-Flacq, est surnommée «Miss Laville» ou «Miss Catesiss». Car elle enseigne la catéchèse depuis des années à la paroisse Ste-Ursule, Centre-de-Flacq. Rencontre avec ce personnage incontournable de l'Est.

Yolande Larcher (son nom de jeune fille) est née et a grandi à Bois-d'Oiseaux, petit village de l'Est. Elle est l'avant-dernier membre d'une famille de sept enfants, cinq frères et une sœur. Elle est venue habiter à Centre-de-Flacq à dix-neuf ans, après son mariage avec Pierre Laville. Mère de huit enfants, cinq filles et trois garçons, elle est aujourd'hui une grand-mère comblée, avec sept petits-enfants. Son amour pour la catéchèse date de très loin : quand elle fréquentait l'école RCA de Bois-d'Oiseaux, grâce à son institutrice de Std V et VI, May Assy, de St-François, Port-Louis.

«Miss May Assy et les religieuses Fille de Marie de St-Michel, Pont-Praslin, m'ont fait découvrir la foi. Leur manière d'enseigner la catéchèse m'a marquée. Elles ont jeté la base de ma foi chrétienne. Aujourd'hui encore, je me souviens de la classe de catéchèse de Miss May. Mes parents, plus particulièrement ma maman, ont aussi contribué à mon cheminement.»

Comme beaucoup de jeunes de son temps, elle était engagée dans les mouvements paroissiaux : chorale et Ames Vaillantes de Pont-Praslin. «J'étais cheftaine jusqu'à mon mariage avec Pierre. Le mariage et la venue des enfants m'ont obligée à mettre un frein à mes engagements paroissiaux.»

«J'ai reçu, je donne»

Son premier engagement comme «Miss Catesiss» a été à l'école Rajcoomar Gujadhur, de Centre-de-Flacq, aux enfants de Std V. «Avant d'accepter de me jeter à l'eau, j'ai hésité, je me suis posé la question : en suis-je capable ? Ou même : en suis-je digne ? Moi qui n'avais jamais fait face à une classe, comment allait se passer ce face-à-face ? Qu'en est-il de ma foi ? N'est-ce pas trop présomptueux de vouloir partager aux enfants quelque chose qui me dépasse ? C'est avec toutes ces questions que j'ai débuté.» Son engagement, «c'est une reconnaissance de ce que j'ai reçu de Dieu, de ma famille, de l'Eglise et de la société. J'ai reçu, je donne».

Elle rappelle que les «Miss Catesiss» sont là pour soutenir les parents à éveiller la foi et pour assurer l'accompagnement des enfants. «Mais les parents sont les premiers responsables de la formation chrétienne de leurs enfants. Dès leur plus jeune âge, ils ont à les éveiller à la foi à partir de ce qu'ils vivent. Nous ne remplacerons jamais les parents.» Notre invitée souligne que la catéchèse est un cheminement qui passe d'abord par un témoignage de foi et un partage avec les enfants, un accompagnement dans leur découverte de Jésus,

de Dieu et de l'Eglise. «Accompagner les enfants dans l'éveil de la foi, c'est récolter plus tard.»

Progressivement, elle est devenue la «Miss Catesiss» du quartier St-Remy, où elle prépare les enfants pour leur Première Communion. «Etre en contact avec les enfants
m'a poussée à innover. Il faut aussi intégrer les moyens de communication modernes dans la pédagogie, être créatif. C'est formidable de préparer l'Eucharistie avec les jeunes. Chaque année, les nouveaux venus m'ont fait prendre conscience d'un certain nombre de réalités».

Savoir écouter et regarder

C'est son amour pour les enfants qui donne la force à Yolande Laville de continuer la catéchèse. «Aujourd'hui, c'est tout à fait différent, avec la nouvelle génération. Faire une classe de catéchèse demande la compréhension - la plupart sont des enfants venant de familles monoparentales ; d'autres habitent chez les grands-parents. Pour certains, c'est leur premier contact avec l'Eglise depuis leur baptême. C'est pourquoi il ne peut y avoir de recettes ou de solutions miracles pour réussir vraiment en catéchèse. Nous, les Miss Catesiss, nous avons à nous ressourcer, à nous former. La société change, tout change, la manière de voir les choses change : il faut savoir écouter et regarder. J'ai compris que les adolescents se confient beaucoup aux autres, mais pas à leurs parents.»

Notre interlocutrice précise qu'il est important «d'avoir un accueil inconditionnel, bienveillant et chaleureux à l'égard des enfants. Il est essentiel qu'on soit clair avec les enfants, les rappeler à l'ordre et remettre les pendules à l'heure quand il le faut - et cela demande beaucoup d'énergie et de patience. Tout doit être fait dans un cadre avec des jeux, des chansons, des prières».

Démission des parents

Yolande Laville lance un appel aux parents : «C'est vous les première éducateurs. Nous ne sommes que des accompagnateurs. Les parents sont dépassés par le comportement de leurs enfants et n'arrivent plus à les éduquer, à leur donner le goût des valeurs et le sens de la vie.»

Il y a, ajoute-t-elle, une grande détresse chez les jeunes et «on ne doit pas masquer les problèmes». Elle dit appréhender que «depuis un certain temps, nous sommes devant une accumulation de faits indiquant que quelque chose est rompue dans notre société. Les parents doivent se ressaisir et doivent demeurer vigilants afin de construire la vie de leurs enfants sur des bases solides pour que ces derniers envisagent l'avenir avec espérance».

Sylvio Sundanum

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