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Des propositions pour résoudre le conflit des frais d'examen du SC et du HSC

«On peut appliquer les réformes tout en prenant des mesures sociales pour atténuer l'impact économique»

Santiago Levy et Nicolas Eyzaguirre, anciens ministres des Finances du Mexique et du Chili, lors de leur visite à Maurice en septembre 2006.

En ce jour de fête nationale et face à une situation qui risque d'avoir des conséquences très graves pour la paix sociale, je voudrais m'appuyer sur des techniques de négociation pour formuler des propositions qui pourraient résoudre le conflit actuel.

Rappelons d'abord quelques règles qui s'appliquent à tout processus de négociation

1. Les parties doivent être prêtes à négocier ­ ce qui implique qu'aucune des parties n'est en position de pouvoir absolu ;

2. Les parties doivent autant examiner leur propre position de force que celle de l'autre partie ­ c'est-à-dire essayer de comprendre les contraintes de l'autre partie ;

3. La négociation se fait à l'aide de propositions Gagnante ­ Gagnante (Win/Win) ­ Sinon, si la négociation débouche sur une solution où une des parties s'estime lésée, le conflit n'est pas résolu et pourrait refaire surface à un moment futur ;

4. La proposition peut être assortie de conditions à être respectées ;

5. Les réponses à une proposition sont soit l'acceptation, l'amendement ou une contre-proposition. Par contre, le refus total sans contre-proposition, le walk-out ou soumettre un ultimatum sont des stratégies de rupture.

La position du gouvernement

Les réformes ont été annoncées lors de la présentation du Budget 2006/07. Dans le but de mieux gérer nos ressources limitées, les subventions sont canalisées vers ceux qui en ont le plus besoin. Ainsi, les subsides s'appliqueront à 100% à ceux ayant des revenus jusqu'à Rs 7 500. D'autre part, ceux qui sont au-delà de cette limite bénéficient de la gratuité du transport de leurs enfants et de l'exonération de l'impôt sur les revenus de moins de Rs 25 000.

La position des parents

Ce n'est qu'en début d'année que l'information a circulé, ce qui fait que beaucoup de parents n'ont pas pris les dispositions nécessaires pour économiser. Les économies réalisées sur le transport gratuit et l'impôt ne compensent même pas la hausse du coût de la vie. La nouvelle formule ne prend pas en compte ceux qui ont plus d'un enfant prenant part aux examens de SC et de HSC. Le coût futur de ces examens est sujet au taux de change de la livre et pourrait donc augmenter de manière significative.

Quelques commentaires généraux

L'affirmation que la gratuité de l'éducation est remise en question avec cette décision est émotionnelle, voire démagogique. Les Mauriciens doivent se rendre compte que les temps changent et que le statu quo n'est pas une stratégie à long terme. Toutefois, même si la position du gouvernement est cohérente avec l'esprit de la réforme économique, il existe des contradictions - le transport gratuit s'applique à tous, le rétablissement de la pension de vieillesse bénéficie aux plus aisés ....- et il y a certainement eu un manque de communication vis-à-vis du grand public. Ainsi, la venue des quatre ex-ministres qui ont expliqué comment ils ont pu appliquer avec succès des réformes similaires dans leurs pays n'a pas été suffisamment diffusée.

Une première proposition du gouvernement : Les parents ayant des revenus entre Rs 7 500 et Rs 10 000 et ayant plus d'un enfant prenant part aux examens auront des facilités de paiement pour les frais d'examen. Cette proposition a été complètement ignorée, car elle est largement en deçà des attentes des parents. Elle n'apparaît pas du tout comme une solution Win/Win.

Examen des positions de force

Il y a la menace d'une grève générale des collégiens et l'opposition et les syndicats jouent à fond cette carte. C'est la règle du jeu politique, car l'enjeu est d'aliéner le peuple de plus en plus de ce gouvernement, même si

on pouvait souhaiter moins de démagogie et plus de sens de responsabilité. Car le temps presse et ce sont des enfants qui doivent prendre part à ces examens qui risquent de se retrouver lésés. Que se passera-t-il si le gouvernement ne fait aucune concession? Qui aidera les parents qui n'ont pas de moyens et qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires ? Il serait très grave si des enfants ne peuvent prendre part aux examens, faute de moyens.

Le gouvernement quant à lui ne peut aller à contre-courant de la réforme. Tout retour en arrière serait aveu d'échec et le pays risque de devenir ingérable. Donc, c'est irréaliste de demander le maintien des subsides pour tous. C'est d'ailleurs le message qu'a lancé Mgr Piat. Mais le gouvernement peut-il courir le risque de laisser le champ libre à la contestation populaire, alimentée par l'opposition et les syndicats ? Je pense que non et qu'il y a un réel besoin de négociation.

Déjà, un des dirigeants de la plateforme, Christian Lecordier, avait formulé une proposition qui obéit aux règles citées plus haut : «Donnez un moratoire d'un an avant d'éliminer les subsides.» N'ayant pas vu de réaction officielle du gouvernement, on peut supposer qu'elle n'a pas été jugée acceptable. Pourtant, le gouvernement avait là la possibilité de faire une contre-proposition valable ­ telle que: «Pour cette année seulement, le seuil d'exemption est fixé à Rs 15 000.»

Idées de propositions

C'est au gouvernement de prendre l'initiative et, tout en ne mettant pas en question l'esprit de la réforme économique, il peut certainement être sensible aux difficultés réelles de certains parents. (Combien en réalité ? Nul ne le sait).

Voici quelques idées de propositions qui pourraient être faites. Certaines ne coûteraient pas grand-chose à l'Etat. Les chiffres mentionnés, tout en étant arbitraires, sont réalistes.

1. Prendre en compte ceux ayant plus d'un enfant prenant part aux examens : Le seuil d'exemption est par enfant prenant part aux examens. Ainsi, si dans la même famille, 2 enfants prennent part aux examens, le seuil passe de Rs 7 500 à Rs 15 000.

(Le coût additionnel est certainement très faible, car il ne peut y avoir qu'un faible pourcentage de parents dans cette situation)

2. Avoir des niveaux différents de subsides : On aura deux seuils d'exemption au lieu d'un seul ­ ainsi : a) 100% de subsides pour ceux ayant des revenus de moins de Rs 7,500 ; b) 50% de subsides pour ceux ayant des revenus de plus de Rs 7 500 et de moins de Rs 15 000.

3. Revoir les limites d'exemption : Le seuil de Rs 7 500 est revu à Rs 10 000. Tout changement futur sera effectué suite à une étude approfondie sur l'impact de ces mesures sur les familles.

En conclusion

Le gouvernement doit reprendre la main en faisant des propositions valables tout en ne remettant pas en question les réformes. Quant aux parents (et à la plateforme), ils doivent réaliser qu'adopter une position extrême (le maintien des subsides) n'est pas défendable.

Ayant à cœur l'avenir du pays, je souhaite ardemment que ce conflit puisse être résolu rapidement. Et que le gouvernement communique beaucoup plus et prenne des initiatives pour expliquer les réformes ­ ainsi sur l'allongement de l'âge de la retraite, sur les taxes immobilières, la taxation des intérêts.

Au-delà de nos convictions politiques, la réussite de notre pays et le bien-être de nos concitoyens doivent guider nos actions.

Bruneau Woomed

Citoyen mauricien

12 mars 2007

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