13 heures dans la vie d'un prêtre

Robert Jauffret : «A man for all seasons»

C'est quoi au juste la journée d'un prêtre ? Pour y voir plus clair, «La Vie Catholique» a accompagné le père Robert Jauffret, curé de la paroisse Sainte-Thérèse, Curepipe, pendant plus de treize heures (7h00 ­ 20h30) le mercredi 28 février dernier. Chronique photos d'une journée ordinaire de ce curé levé à 5h30 et au lit à 23h30. Rencontre avec un prêtre heureux et bien dans sa peau.

«La foi sans action est morte.» Robert Jauffret a fait sienne cette phrase de saint Jacques. Sa foi en Jésus-Christ le pousse à être en empathie «avec tous ceux que le Seigneur mettra sur [sa] route». A 67 ans, ce prêtre a gardé une âme d'enfant. Les jeunes font partie de son quotidien. Il est sensible à la détresse et à la misère des gens. Surtout les vieux, les pauvres et les marginalisés.

Sa paroisse est «une communauté fraternelle ouverte et présente dans la société». Le prêtre a une vision nouvelle dans la manière de vivre la paroisse. Pas de style «pyramide». Il ne peut tout gérer, tout décider. Il privilégie le partage des responsabilités, à travers l'Equipe d'animation pastorale (EAP) et tous ceux qui y sont engagés. Sa devise : Tous égaux pour la mission. «Une paroisse est confiée à une communauté chrétienne. Ce n'est pas la paroisse de Robert Jauffret, mais celle de Ste-Thérèse.» L'unité est son maître-mot. Il fait confiance et valorise chaque membre. «Mon rôle est de les accompagner.»

Sa journée débute très tôt. Prière et méditation à 5h45. Moment très fort où il se laisse toucher par un texte évangélique ou un psaume et essaie de comprendre ce que le Seigneur lui demande à travers ce texte du jour. C'est le lien entre lui, Dieu et ses paroissiens. Après une heure de ressourcement personnel, il est prêt pour un temps de confession à l'église. Le moment privilégié demeure la messe de 7h00. Occasion pour lui et ses paroissiens de venir puiser à la source afin d'être forts pour témoigner la Bonne Nouvelle.

Cette Bonne Nouvelle, il la témoignera dans la bonne humeur tout autour de lui. Il fait tout avec passion et amour. Rien n'est corvée. Les personnes qui travaillent avec lui, la plupart depuis une dizaine d'années ou plus, témoignent de l'esprit familial qui y règne: Marie-Hélène et Patricia, du SEED ; Danielle, sa secrétaire ; Patricia, du service d'accueil ; Colette, la gérante de la cure ; Yves, le vendeur de La Vie Catholique ainsi que Marie-Michèle et Dieurina, qui assurent l'entretien de la cure et mijotent de bons petits plats pour leur «patron» (gratin de pomme de terre et steak de bœuf pour le déjeuner du jour). «Il n'oublie jamais nos anniversaires, il trouve le temps de prendre le thé avec ses employés ; très attentionné, il se sent concerné par les soucis de nos familles», avoue Marie- Hélène.

Ce jour-là, après sa classe de catéchèse au collège Saint-Joseph, c'est l'occasion pour lui de rallumer le feu pascal rappelant le Christ Ressuscité dans le cœur de tous ceux présents lors des funérailles d'une paroissienne. «C'est une occasion pour refaire le point sur notre vie, une occasion de nouveau départ.» Pour la soirée, le père Jauffret était en bonne compagnie avec les trois couples qu'il accompagne au sein des Equipes Notre-Dame.

Ses études de prêtrise auraient été incomplètes sans la rencontre avec les gens. Son université est sur le terrain. «Sinon j'aurais été un rat de bibliothèque.»

Sandra Potié


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7h00 : Messe. Robert Jauffret partageant le pain de vie.

7h30 : Rencontre et petit brin de causette avec Mady, Emma, Monique (toutes âgées de 80 ans ou plus) et Cécile comptant l'argent vidé des troncs de l'église. C'est avec un grand sourire qu'Emma lui promet une bonne mousse de chocolat aux pruneaux pour le dessert du jour.

8h00 : Il avale rapidement son petit-déjeuner composé d'un thé sans sucre et d'un bol de lait sans graisse avec du All-Bran Flakes et parcourt son journal avec l'Evangile sur le cœur.

8h53 : Accueil chaleureux par ses «petits lapins» qui le prénomment «Master Bibi» et Ailine Penny, maîtresse de l'école Ste-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus.

9h20 : Rencontre avec Danielle Ng Yuk Shing, maîtresse d'école de Notre-Dame-de-La-Confiance, pour un constat des travaux de rénovation mal faits : peintures écaillées, classes submergées d'eau, décharges bouchées, eau stagnante dans la cour due à un asphaltage malfait. Il en profite aussi pour saluer les enfants, avec qui il garde un contact privilégié.

10h00 : Un saut à Espérance 2000, école fréquentée par une vingtaine d'élèves ayant échoué au CPE. Il regarde avec joie les débutants de la classe informatique s'initier au maniement de la souris.

10h35 : Dit bonjour à son personnel... sur la photo : Danielle Hitilambeau, sa secrétaire.

11h15 : Christiane Chowree, la coordinatrice des trois services du SEED, rencontre le prêtre autour d'une tasse de thé dans la cuisine. Occasion pour elle de faire part des richesses et difficultés de la paroisse. Sa philosophie rejoint celle du curé : Lève-toi et marche ! Non à l'assistanat. Place à l'empowerment. Cours que la paroisse a dispensé le même soir (18 à 21h00). A 12h15 : l'heure du déjeuner.

13h50 : Après avoir fait part à Colette Hermelin, gérante de la cure, des problèmes encourus de Notre-Dame-de-La-Confiance après le cyclone Gamede, il se pointe au collège St-Joseph pour une classe de catéchèse avec les élèves de Upper VI. Pour ce premier cours, il leur demande d'élaborer un programme. Et se dépêche pour célébrer les funérailles d'une paroissienne.

15h50 : Après une rencontre avec la secrétaire, il se prépare pour une heure de gym à Espace Forme à la rue Lees, un moyen pour lui de garder la forme et de rencontrer quelques amis.

17h00 : Retour à la cure. Après le bain, il profite pour faire un coucou à ses deux canaris, qu'il prénomme ses deux moineaux du ciel. La volière, située dans le couloir à côté de l'entrée de sa chambre, lui permet de les entendre chanter chaque matin. Le temps aussi pour lui d'admirer ses goldfish placés dans un bassin sur le toit de la cure.

17h30 : Rencontre avec Andy Bignoux et Christopher Adolphe pour préparer les mimes de la passion pour le vendredi saint.

18h30 : Il va à la rencontre des habitants de Cité-Anoshka, 16e mile, Forest-Side. Ce soir-là, il va écouter la misère de ce peuple et voir dans quelles mesures les aider.

20h00 : Rencontre et partage avec trois couples qu'il accompagne au sein des Equipes Notre-Dame à la route du Jardin, Curepipe. De g. à dr : Serge et Pauline Samouillan, le père Robert Jauffret, Marie-Françoise et Yves d'Hotman et Jeanine et Patrick Pitot.

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