Pourquoi suis-je prêtre? Quelle est ma mission?
Combien d'heures je travaille par jour?

Gérard Mongelard: «Ma vocation de prêtre a germé depuis mon enfance. Je suis né dans la maison où avait habité un prêtre et j'ai grandi avec l'idée de devenir moi-même prêtre un jour. Se donner entièrement aux autres, c'est la vie que je voulais. Il faut dire aussi que j'ai beaucoup reçu de ma famille. Etre prêtre, c'est répondre à l'appel, être fidèle à ce que le Christ a été. Une vie donnée aux autres, particulièrement aux plus pauvres. Quatorze ans après avoir été ordonné, je découvre de plus en plus la joie de servir de cette manière-là. Ma mission, c'est remettre l'homme debout, d'où mon combat avec les Chagossiens, qui vivent un drame humain. Demeurer tranquille face au fléau de la drogue, du sida, de l'échec scolaire... ? C'est de la non-assistance à personne en danger. Mon «travail» de prêtre n'est pas quantifiable.»

Georgy Kenny: «Je me suis souvent posé la question pendant mes temps de relecture. Je suis devenu prêtre parce qu'il y a eu une rencontre dans ma vie. La rencontre avec Jésus, comme personne à suivre. L'appel du Christ est toujours un mystère. D'autre part, sans la rencontre avec certaines personnes, je ne me serais pas posé la question de la prêtrise. J'ai voulu que les autres aussi rencontrent ce Christ. Je ne peux pas compter mes heures de travail. Au Foyer, j'assure un ministère de présence. Je me réveille à 5h30 et ma journée se termine à minuit. Etre prêtre, c'est une vie donnée. Le don de soi dans de toutes petites choses.»

Jean-Claude Véder: «Une passion. Une histoire d'amour et, comme dans toute histoire d'amour, cela comporte une part de mystère. Ma passion se résume en trois phrases : J'aime Jésus-Christ. J'aime l'Eglise. J'aime les gens. C'est au fur et à mesure que j'ai découvert cette passion. J'ai grandi dans une ambiance catholique. J'ai été lecteur à l'église, membre de la chorale, de l'ACE, de groupes de jeunes etc. A un moment, la question de la prêtrise m'est venue. J'y ai répondu généreusement. Le père Henri Souchon, qui a su me bousculer à cette époque, a joué un grand rôle dans le choix de ma vocation.

«Ma mission de prêtre, c'est d'annoncer Jésus-Christ à travers les rencontres que je fais, aux gens que j'accompagne,... Le prêtre, c'est le pasteur. Celui qui accompagne, celui qui soigne. Je ne peux pas parler de travail quand je parle de ma mission de prêtre. Le mot travail est trop ambigu. Etre prêtre, est-ce un travail?»

Roger Billy: «J'ai été ordonné en 1969, à l'âge de 27 ans. Etre prêtre, c'est toute une histoire d'amour. C'est ce désir, après avoir découvert le Christ, de le faire connaître aux autres. Le plaisir d'être missionnaire, c'est d'être à la frontière de l'Eglise, de rencontrer des gens d'autres cultures, parlant d'autres langues et, dans tout cela, de leur annoncer Jésus-Christ. Faire de la formation est aussi important parce que nous avons là le futur de l'Eglise. J'assure aussi un ministère de présence. Il s'agit de transmettre à ces jeunes cette passion du Christ. En week-end, j'assure le ministère à Moka et St-Pierre. Le temps, quand on est prêtre, n'est pas quantifiable.»

Comment expliquer le départ de prêtres? (6 en 3 ans) Crise de vocation ou de société? Lacune dans la formation/discernement? Immaturité des jeunes prêtres?

Jean-Claude Véder: «Il y a certes eu cinq prêtres qui ont quitté la prêtrise en trois ans, mais chacun de ces cas est bien différent. Expliquer ces départs est donc délicat. Nous vivons dans un temps où la question de fidélité quand les choses deviennent difficiles est remise en cause. Il y a l'ébranlement des institutions, telles que l'Eglise et le mariage. Il n'y a pas de crise des vocations. Dieu appelle toujours. Là où il y a crise, c'est dans la reconnaissance de cet appel. Devant la multiplicité des choses de cette société, soit je n'entends pas cet appel, soit je fais semblant de ne pas entendre, ou j'ai peur d'y répondre. Il y a aussi le poids de la solitude. Et c'est l'image que beaucoup de jeunes ont de la prêtrise : un prêtre vivant seul dans une cure. Aujourd'hui, on ne peut entrevoir la formation comme cela se faisait il y a 15 ans. Je pense personnellement que le cursus du séminaire demande à être revu. Mais tout cela dépend de l'évêque. Certes, cela ne va pas résoudre tous les problèmes. L'accompagnement spirituel, l'écoute et l'amitié entre prêtres sont aussi des aspects
importants.»

Georgy Kenny: «Définitivement, chaque cas est unique et il n'y a pas de crise de vocations. Cependant, les jeunes qui entrent au Foyer sont issus d'une société et d'une culture qui n'encouragent pas le jeune à s'engager dans la durée. Puis, pour pouvoir répondre à l'appel du Christ, il faut être disponible. Il faut pouvoir l'écouter, avoir les dispositions pour intérioriser. Mais notre monde ne nous donne pas beaucoup d'occasions, beaucoup de lieux où on peut faire silence.»

Clef Adolphe: «La famille a aussi un rôle important à jouer pour qu'un jeune entende l'appel du Christ. Or, aujourd'hui, la cellule familiale est ébranlée. Les familles vivent de gros problèmes et c'est néfaste pour les jeunes qui se construisent. Les jeunes sont partagés entre le poids de l'appel et ce qu'ils vivent ailleurs et ces situations déstabilisent leur foi. Dans d'autres cas, l'engagement peut alors être une fuite aux problèmes. Il serait intéressant que l'exercice de discernement se fasse dans la famille.»

Roger Billy: «Nous faisons face à une crise de société et non à une crise de vocations. Nous avons connu cela en France en 1968. Aujourd'hui, il n'y a plus ces points de repères, comme autrefois, et qui permettaient à quelqu'un de continuer sa route. Je crois aussi qu'il y a cette peur d'intériorité. Il ne peut pas avoir de vocation solide s'il n'y a pas cette grande intimité avec le Christ.»

Gérard Mongelard: «J'ai vu beaucoup de prêtres quitter la prêtrise, mais cela ne m'a pas empêché de choisir cette voie. Chacun des prêtres qui sont récemment partis avait son histoire. Ces départs nous font certes mal, mais ce n'est pas la fin du monde non plus. Comme l'a dit l'évêque, nous devons voir l'Eglise autrement.»

Georgy Kenny: «Pour ma part, je fais l'accompagnement des jeunes prêtres qui viennent d'être ordonnés. C'est sûr : accompagner ces jeunes prêtres durant leurs premiers pas

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