Forum-débat


LOAC : «Fam, pran to responsabilite !»

«Ki rol fam dan la sosiete e dan legliz ?» Question pertinente traitée par la Commission femmes de la Ligue ouvrière d'action catholique (LOAC) en marge de la Journée internationale de la femme. Réunissant des femmes d'horizons diverses dans le gymnase du collège Lorette de Rose-Hill le samedi 3 mars, la Commission a réussi le pari de donner la possibilité aux participantes d'avoir une plate-forme pour s'exprimer à cœur ouvert. Exercice enrichissant à plus d'un titre.

Leur intention était de susciter un débat. Et elles ont réussi. La rencontre de samedi dernier aura permis à certaines vérités d'être dites dans des termes à peine voilés. Des vérités sur lesquelles la société dans son ensemble devrait se pencher et réfléchir pour un changement de mentalité. Changement de mentalité qui devrait débuter par les femmes elles-mêmes, ont fait comprendre les différents intervenants à cette journée de réflexion : Michelle Gérie, Jennifer Léopold, Solange Jauffret, Danielle Laville, Marjorie Desveaux et Mario Jolicœur.

Pour ce dernier, la société devrait accepter de plus en plus les «hommes/femmes», c'est-à-dire, des hommes qui ne reculent pas devant les tâches ménagères et qui ne voient aucune honte à faire le ménage, à faire la cuisine ou à changer les couches de bébé. Il ne conçoit pas la société sans cela et souhaite qu'il y ait plus d'hommes qui disent que les femmes devraient avoir les mêmes salaires que leurs homologues masculins et l'égalité des chances à tous les niveaux. Il a aussi souhaité que la place de la femme dans l'Eglise soit reconnue.

Hypocrisie

Réunies en carrefours pour débattre du regard de la société sur la femme, de comment la femme voit la société et de quelle façon elle peut apporter sa contribution à la société, le constat des participantes sur la société donne à réfléchir. Elles, si souvent marginalisées et/ou maltraitées sans vergogne, considèrent que la société a un mauvais regard sur les femmes et qu'elle est bien hypocrite envers elles ; que les instances censées protéger les femmes jouent à la politique de l'autruche ; que les femmes n'arrivent pas à progresser à cause de la couleur de leur peau ; que les femmes font face à diverses formes de violence et que la société ne valorise pas les femmes, entre autres. Les participantes ont aussi affirmé que les femmes sont plus conscientes de leurs droits, ayant été formées.

Concernant le volet regard de l'Eglise sur la femme, les questions qu'elles se posent et leur contribution dans l'Eglise, les participantes ont noté que l'autorité masculine est bien visible, même si ce sont les femmes qui ont plus de responsabilités ; que les femmes hésitent à aller parler de leurs problèmes aux prêtres parce qu'elles ne sont pas bien accueillies et que l'Eglise accorde plus d'importance aux couples mariés qu'aux divorcés et qu'il y a un manque d'ouverture à ce niveau ; et que les prêtres devraient propager davantage un message d'amour.

Solidarité

Dans son intervention, Danielle Laville a souligné que les femmes doivent être solidaires entre elles et prendre conscience de leur valeur tandis que Solange Jauffret a incité chaque femme à prendre la parole sans peur à chaque fois qu'elle a quelque chose à dire, et cela sans se soucier si elle sera prise en considération ou pas. L'important, selon elle, c'est de dire ce qu'elle ressent. «Fam bizin konn pran risk, fer antann so lavwa.»

Lors de la synthèse, Marjorie Desveaux a déclaré avoir senti la souffrance des femmes. Elle considère que malgré tous ses désespoirs, la femme doit se mettre debout et prendre ses responsabilités. «Au pied de la croix de Jésus se tenaient des femmes. Des femmes ont été témoins de la résurrection du Christ en premier ; il faut continuer ce travail.» Citant Nelson Mandela, elle a affirmé : «Si garson Bondie inn aksepte mor lor enn lakrwa, ki mo ete mwa pou refise. Mo ena enn responsabilite pou partisip dan travay Bondie.»

Jean-Marie St-Cyr

Line

Dieu au féminin

Cette journée autour du rôle de la femme dans la société et dans l'Eglise a été marquée par une messe «féminisée» où Dieu a été présenté non pas comme le Père, mais comme «mère». Une façon pour les femmes présentes de souligner leur importance et leur place dans l'Eglise.

Merveilleusement animée par la chorale St-Dominique-Savio, la célébration a permis de pousser davantage la réflexion sur la place des femmes dans l'Eglise et de souligner l'importance et la contribution des femmes dans cette instance religieuse.

A la place de l'homélie du célébrant, le père Sylvio Lodoïska, ceux présents ont eu droit à un commentaire de l'évangile (Matthieu 5 : 13-16, Sel de la terre et lumière du monde) de Jennifer Léopold. Pour elle, reprenant quelques mots forts qui ont émergé des carrefours, les femmes devraient être solidaires et reconnaître qu'elles ont une valeur. Elles devraient avoir plus confiance en elles-mêmes et prendre leur destinée en main. Elle a aussi souligné que la femme doit «amenn so ti grain di sel a kot li ete».

Le credo a été la résolution des femmes. Il se résume ainsi :

«Nou krwar dan solidarite fam ek fam, nou krwar ki fam enn etr imin me pa enn ras.

Nou krwar ki fam bizin byen dan so la po, ler la li pou libere pou ki li kapav coze.

Nou krwar dan enn Legliz ki vinn rezoinn nou dan nou realite fam. Nou krwar dan enn Leglize ki donn gou kouma disel ek lalimier dan teneb.

Nou krwar dan enn Bondie ki ressemble enn maman ki kapav kontan dan tou sirconstans».

Dans son témoignage, une des jeunes participantes à la journée, Anne-Sophie, 14 ans, a parlé de sa perception du rôle de la femme dans la société et dans l'Eglise. «Le rôle de la femme, ce n'est pas seulement d'être une épouse ou une mère de famille, mais aussi d'être une combattante qui sacrifie sa vie pour ses enfants et qui donne tout ce qui est possible pour essayer de satisfaire le désir d'un de ses enfants.» Elle a ainsi révélé le cas d'une femme qui vit dans «un semblant de maison» et qui doit s'occuper de ses deux enfants et qui a la garde de son petit frère. «Elle se bat tous les jours afin de pouvoir nourrir ses enfants.» Sans logis, elle se bat corps et âme pour un bout de terrain afin de se construire une maison.

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