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Sylviane Lokhee, de Port-Louis, 57 ans, mère d'un fils de 30 ans et d'une fille de 26 ans, entame sa 42e année chez Happy World (Innodis), membre de Groupement féminin ouvrier (GFO).

Maryse Pothiah, de Centre-de-Flacq, 45 ans, actuellement employée de maison. Mère de deux garçons, elle a passé 18 ans dans la zone franche et a connu plusieurs fermetures d'usine.

Floryse Vencatachelum, de Cité-La-Brasserie, Curepipe, fleuriste et femme entrepreneur, mère de deux filles âgées de 16 ans et de 8 ans et d'un garçon de 13 ans

Lethiechia Ducasse, de Rose-Hill, 21 ans, travaille comme Revenue Accountant Officer dans une BPO tout en poursuivant des études en communication à l'université de Maurice.

Jocelyne l'Eveillé, de Roches-Brunes, 46 ans, mère d'une fille 13 ans et d'un garçon de 10 ans, éducatrice au Foyer Père-Laval. Elle vit seule avec ses enfants.

Législation

Paradoxalement, pour reprendre les mots de Lethiechia Ducasse, «à Maurice nous avons les meilleures lois qui peuvent exister». En effet, existent le Code criminel, le Child Protection Act, le Sex Discrimination Act, le Domestic Violence Act ou encore le Sexual Offences Act. N'empêche, que cela va de mal en pis. «Il faut appliquer la législation dans toute sa rigueur. Nous avons des lois qui ne sont pas appliquées, d'autres qui ne sont pas adaptées à la société actuelle.»

«Les policiers banalisent souvent ce genre de situation lorsqu'ils voient arriver des femmes Ainsi, une femme peut se rendre à plusieurs reprises au poste de police, mais être renvoyée à chaque fois. Il ne faut pas se demander pourquoi les femmes sont en colère quand elles passent à la radio.»

Pour Lethiechia, «souvent découragées, les femmes ne se rendent plus au poste de police ou aux centres de femmes et se retrouvent ainsi seules». Ce qui pousse nos interlocutrices à affirmer qu'il y a encore beaucoup à faire pour instaurer une gender justice à Maurice. «Le combat contre la violence devrait être celui de tout le monde.» La manière de faire et de penser est tout aussi primordiale dans ce combat. Les critiques envers les femmes sont souvent plus dures. Surtout venant de la bouche d'une femme. «Si une femme ne connaît pas la souffrance d'une femme, qui d'autre peut mieux la défendre ?»

Nos invités estiment que le rôle du ministère de la Femme et des centres pour femmes doit être revu. «Madame la ministre doit être plus sur le terrain. Est-elle consciente des problèmes des femmes ? Cela ne sert à rien d'être présente à des séminaires, des expositions ou à l'ouverture d'ateliers de travail pour couper le ruban !»

Jocelyne et Sylviane estiment, de leur côté, que la ministre doit être plus en contact avec les femmes : «Nou pe attan plis de li.» Elles posent la question. «Où sont les études commandées par les autorités, comme la Politique nationale pour les familles, les effets de la pauvreté sur les femmes et les multiples plans d'action ?»

Laetitia explique qu'il faut donner aux centres et au personnel l'outil nécessaire pour permettre d'améliorer la qualité de la vie des femmes et canaliser les femmes en difficulté vers les secteurs appropriés. «Les centres des femmes doivent être restructurés et adaptés aux besoins des femmes.»

Comment concilier vie au foyer et travail?

Nos interlocutrices affirment que «la vie de la femme, c'est un combat quotidien qu'il n'est pas facile de gérer. L'aide du conjoint et des enfants est primordiale si une femme veut travailler. La contribution de la femme est très importante dans le budget familial». Les femmes dénoncent la discrimination au niveau des salaires. «Il y a encore dans certains secteurs des salaires différents pour le même travail ­ les hommes touchent plus que les femmes. Nou diferan, me nou egal.»

Laetitia avance qu'il est très difficile pour les femmes qui travaillent et qui veulent poursuivre leurs études ­ et elles sont nombreuses celles qui doivent en plus gérer leur rôle de mère et d'épouse. «La vie de cette femme comporte plusieurs secteurs en concurrence : famille, vie professionnelle, vie sociale...»

«Nous souhaitons un engagement plus soutenu, plus participatif des femmes pour faire entendre notre voix et être en même temps le reflet de ces milliers d'autres voix victimes et écrasées. Une manière de placer la lutte des femmes au cœur de la société citoyenne et de dénoncer toutes les discriminations à leur égard.»

Elles estiment que pour que la situation de la femme puisse aller en s'améliorant, elle doit d'abord se battre pour occuper la place qu'elle mérite. «Konn nou vre valer dibout lor nou prop lipie.»

Sylvio Sundanum

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