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Des secours immédiats sont plus réconfortants

Nous ne demandons pas mieux être dans l'erreur la plus totale et devoir
confesser, même publiquement, notre perception erronée. Nous sommes nombreux, toutefois, à regretter que pendant trop longtemps, les informations médiatiques n'ont porté que sur l'incertitude prévalant sur la douzaine ou quinzaine de pêcheurs dont on n'a plus aucune nouvelle depuis le passage du cyclone Gamede, tandis que nous nous demandions anxieusement de ce qu'il advenait des familles des disparus, du sort réservé à leurs proches, aux enfants surtout, dont ils sont, peut-être, les seuls recours, les seuls gagne-pain. Le rôle des médias est tout de même de renseigner le mieux possible leurs lecteurs et répondre aux questions qu'ils se posent, surtout à l'occasion de véritables drames nationaux.

Il se peut que la situation, à Roche-Bois et ailleurs, ne soit pas aussi dramatique que nous sommes nombreux à l'appréhender. Nous sommes toutefois en droit de regretter de devoir rester sur la touche et dans l'expectative alors que nous brûlons d'envie de faire quelque chose pour témoigner notre solidarité à ces infortunés compatriotes, à ces frères et sœurs en proie à une attente infernale, proches du désespoir. Si la situation n'est pas aussi dramatique que nous l'appréhendons, nous sommes en droit de nous plaindre d'un regrettable déficit de communications et d'informations. Nous le disons non pas pour accabler qui que ce soit, mais pour inviter les personnes et les autorités concernées afin que s'il y a maldonne dans le drame de cette douzaine ou quinzaine de pêcheurs disparus, d'aussi regrettables manquements ne se reproduisent pas à l'avenir et pour que nous retrouvions, au plus vite, les réflexes immédiats qui ont assuré, dans le passé, les plus beaux gestes de notre générosité publique.

Survivre avec Rs 8.50

Notre presse rapporte, par exemple, qu'un septuagénaire se retrouve avec une huitaine de petits-enfants à nourrir, à vêtir, à épanouir, avec sa seule pension de vieillesse de Rs 2 300 par mois, soit, peut-être, Rs 8.50 par personne par jour. Peut-on sourire à la vie aujourd'hui quand on ne dispose que de Rs 8.50 pour survivre pendant 24 heures ? La nouvelle est-elle exacte ? Si oui, nous sommes nombreux à nous demander s'il y a moyen de faire quelque chose pour qu'au moins, pendant ces jours d'angoisse et d'incertitude, ces personnes, que le mauvais sort accable, ne manquent au moins de rien.

Normes de sécurité

Nous pensons humblement qu'il est du devoir de certains organismes, comme la paroisse concernée ou encore Caritas, sinon d'un de nos journaux, de se faire spontanément et immédiatement le porte-parole des personnes dans le malheur ou dans la misère, telles ces familles que désespère la disparition d'un si grand nombre de nos travailleurs de la mer, et d'inviter l'inépuisable générosité publique à se manifester sans tarder, de coordonner et de rationaliser même cette aide afin que ces familles plongées dans l'angoisse la plus totale sachent au moins qu'elles peuvent compter sur la

solidarité mauricienne. Est-ce donc si compliqué que cela de faire paraître une annonce, dans nos journaux les plus hospitaliers, les plus charitables, pour faire savoir que telle ou telle famille a urgemment besoin de telles ou telles commodités ? Cela ne relève-t-il pas du minimum d'entraide paroissiale ?

La tragique disparition de tous ces marins-pêcheurs nous interpelle directement, mais plus particulièrement nos autorités en matière de pêche hauturière. Nos marins-pêcheurs, qui embarquent dans ces longues campagnes de pêche, sont-ils assurés d'un minimum de sécurité leur permettant, par exemple, de se mettre totalement à l'abri à l'approche d'un cyclone, fût-il parmi les plus rapides. Les bateaux de pêche, à bord desquels ils embarquent, sont-ils équipés de moyens de communication pour pouvoir recevoir à temps les avertissements météorologiques et portuaires qui s'imposent. Il ne sert à rien de vanter ad nauseam les promesses économiques d'une sea-food hub si nous ne sommes même pas capables d'assurer la totale sécurité de ceux qui risquent leur vie, et l'avenir de ceux qui dépendent d'eux, en allant travailler à bord d'un bateau en fibre de verre devant affronter des houles cycloniques d'une dizaine de mètres de hauteur. Ces houles, nous les avons vues, grâce aux chaînes réunionnaises de télévision alors qu'elles étaient à des centaines de kilomètres d'un cyclone ayant pratiquement passé sur Saint-Brandon. Il paraît que l'archipel Gargados Carajos fait partie du territoire mauricien, c'est du moins ce que doivent enseigner nos manuels scolaires. Nous avons eu l'impression que, pour la MBC/TV, du moment qu'un cyclone ne passe pas sur Maurice, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, même si l'ouragan se trouve dans les parages immédiats d'Agalega, de Saint-Branbon et même de Rodrigues. Une commission d'enquête s'impose sur toutes les failles que peut comporter la disparition de cette quinzaine de marins-pêcheurs. Ne serait-ce pour nous expliquer comment se fait-il que nous ne sachions pas s'il s'agit exactement de 12 ou de 15 pêcheurs !

Solidarité officielle

Quand cet article paraîtra, les autorités ministérielles auront enfin fait quelque chose. Ils ont convoqué dans leurs bureaux les personnes concernées pour leur témoigner la solidarité officielle. Cela se fera avec une dizaine de jours de retard et ne pourra jamais compenser l'horreur des premiers chocs ressentis à l'annonce de l'épouvantable nouvelle de la disparition d'une quinzaine de marins-pêcheurs. Dans le temps, nos politiciens se bousculaient pour être les premiers au chevet des personnes que le malheur accable. Dans ce tragique événement, la solidarité mauricienne a peut-être manqué le coche. Tant mieux si nous nous sommes trompés et si les victimes les plus directes de ce drame sont les premières à reconnaître avoir été tout de suite et efficacement soutenues. Si tel n'est pas le cas, nous devons nous laisser interpeller et mieux nous organiser pour que pareil scandale ne se reproduise afin que jamais victime ne puisse répéter : Ah ! Ga m'aide pas !

Yvan Martial

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