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Dépenses des ménages


Une vie de plus en plus chère

En cette fin d'année 2006, nous ne pouvons nous empêcher de faire le douloureux constat que l'ascenseur économique et social est en panne et que le nombre de pauvres n'a fait que s'accroître.

Cette année, rappelons-nous, a été marquée par des mesures politiques et économiques qui ont fait et qui continuent à faire mal à une frange importante de la société mauricienne, plus spécialement aux 114 000 familles qui vivent avec des salaires au-dessous de Rs 5 000 mensuellement.

Sont venus rejoindre le cortège des miséreux, ceux et celles qui ont été licenciés et qui ne trouvent pas de travail adapté à leurs compétences et aptitudes. Comme l'Amérique, un 11 septembre, s'est rendu compte qu'il ne suffisait pas de se fier à sa réputation mondiale de grande puissance, l'île Maurice et sa réputation de réussite économique des années 90 ont dormi sur leurs lauriers.

Ses dirigeants successifs n'ont pas cru bon de se préparer pour les difficultés qui proviendraient de la mondialisation du commerce. En 2006, elle s'est réveillée et a compris qu'elle avait à se ressaisir, comme après l'indépendance quand la Grande-Bretagne nous a laissés tomber...

Engrenage infernal

L'Apea (Association pour la protection des emprunteurs abusés) est consternée devant la courbe ascendante de la misère et de la pauvreté. Depuis le début de cette année, les cas qui nous sont rapportés sont inquiétants. Cette année, de nouvelles familles ont été projetées dans la misère. On ne mange plus à sa faim. On essaie de survivre tant bien que mal jusqu'au moment où l'on entre dans l'engrenage infernal de l'endettement et des autres maux sociaux étroitement associés à la violence.

Ce qui est dramatique dans cette situation, c'est le fait que tous les élus politiques qui se sont succédé au Parlement n'ont jamais exigé qu'on ait des statistiques sur l'étendue de la pauvreté à Maurice. Nous n'avons toujours pas des statistiques officielles et surtout fiables de la tranche qui vit au-dessous du seuil de pauvreté.

Relever le défi

Est-ce une façon de se voiler la face? De cacher la triste réalité pour faire croire qu'on est un pays super avancé, un modèle de réussite économique ?

Nous avons besoin d'aller plus loin que les rapports du Consumer Household Survey. Il nous faut avoir un Observatoire de la pauvreté et de l'endettement, car cela permettrait au ministère de la Sécurité sociale, en priorité, de se pencher sur le problème et de dégager des stratégies pour relever le défi.

Aussi longtemps que nous ne mettrons en place de nouvelles institutions, nous resterons toujours avec la phrase-surprise de nos aspirants élus lors de la dernière campagne électorale : «Nous découvrons actuellement la pauvreté et la misère de notre pays et sommes choqués.» Nos élus ne sont pas des Mauriciens. Beaucoup d'entre eux ne connaissent toujours pas leurs circonscriptions et les ont déjà délaissées.

Vaines promesses

Plusieurs associations réclament depuis des années plus de protection pour les consommateurs. Nous ne nous concentrerons que sur un aspect de la protection - celle qui est économique et psychologique. Notre société de surconsommation a besoin d'abord des protections légales contre les agressions publicitaires et les facilités de crédit.

Nous attendons toujours ces lois qu'on nous a promises, surtout celle que nous avons réclamée depuis 2004 : le contrôle de crédits à la consommation. L'Apea s'attend à une législation solide non-diluée par les lobbies du secteur privé qui, jusqu'ici, ont été les plus forts. La voix des faibles aura-t-elle raison de la puissance écono

mique de certains?

Mais nous savons aussi que les lois ne suffisent pas et qu'il faut absolument se doter de structures efficaces et fiables. En cette fin d'année, c'est notre souhait le plus cher de voir la concrétisation de toutes ces promesses trop longtemps faites sans conviction.

4A++ en gestion saine de l'argent

Nous souhaiterions aussi que notre ministre de l'Education se soucie d'inclure dans les programmes d'études du primaire, du secondaire et des études supérieures des sessions de formation et de réflexion sur la psychologie de l'argent et l'attitude de nos jeunes face à l'utilisation de l'argent. Nous espérons qu'il trouvera les moyens pour s'assurer que notre jeunesse ait 4A++ au niveau des valeurs reliées à une saine gestion de l'argent.

Nous souhaiterions aussi que les syndicats se préoccupent enfin à s'assurer que leurs membres soient conscientisés face aux problèmes découlant d'une mauvaise gestion de l'argent. Ils pourraient travailler ensemble avec les différentes ONG qui se dévouent pour apporter une solution aux différents problèmes liés à l'argent : surendettement, suicides, violences familiales et conjugales, divorces, dépressions et j'en passe.

Il faut que les autorités gouvernementales et les ONG puissent travailler ensemble et que ces dernières aient les moyens pour mener à bien les projets. Je pense que pour plus de transparence, il faudra que l'audit du gouvernement ait un droit de regard sur les projets qui ont nécessité une somme conséquente de l'argent du public.

Lourd silence autour du rapport de l'Audit

Nous terminerons avec le récent rapport de l'Audit qui, comme chaque année, fait beaucoup de bruit sans pour autant faire beaucoup de bien, faute d'une volonté politique et des syndicats qui protègent d'abord leurs membres avant de se soucier des Mauriciens lésés. L'année dernière, le mouvement Foi et Vie et l'Apea avaient participé activement à la célébration concernant la lutte contre la corruption organisée par l'ICAC.

Nous avions aussi parlé des fonds publics qui étaient gaspillés et mal gérés et qui restaient impunis et sans explications des différents ministres de tutelle. Il est important que ce rapport soit non seulement commenté, mais que les sanctions soient prises et communiquées au public.

La lutte contre la pauvreté passe aussi par le biais du contrôle des finances du peuple. Au début de l'année, Rama Sithanen donnait un certain espoir en exprimant sa volonté pour y mettre un peu d'ordre. Nous ne l'avons guère entendu après la publication du rapport. Comme tout ce qu'on nous promet d'ailleurs...

Pourrons-nous, à la rentrée parlementaire prévue en janvier et où il sera question de la protection des emprunteurs, entendre les deux côtés de la Chambre exiger une session de travail aussi sur les décisions à prendre à l'encontre des incompétents et des «foutpasmalistes» du secteur public qui gaspillent les ressources publiques ? A moins que des considérations autres que l'éradication de la pauvreté, la transparence, la volonté d'assainir une situation pourrie, et surtout la volonté de put poor people first ne soient pas prioritaires. Et que ce soient les considérations primaires de communautarisme à vision électoraliste ou encore de la culture du noubanisme qui l'emportent.

par Gérard Malliaté


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