Vérité bonne à écrire

Quand l'Europe et les Etats-Unis d'Amérique éternuent, c'est le tiers-monde qui est fiévreux. C'est un peu l'illustration qu'on nous donne pour expliquer la décadence économique à laquelle nous pays, dits en développement, avons à faire face. Les facteurs qui influent sur notre force économique, essentiellement main-d'œuvre et service, sont d'abord le pétrole; le textile et le sucre subissant les caprices des accords tributaires de l'humeur des grands.

Ce type de discours tenu et soutenu par les grands industriels et hommes d'affaires a certes un grand pourcentage de vrai. Mais la vie du peuple avec un standard of living relatif est discutable. Certains font tout pour continuer à mener leur vie selon un même niveau, carence économique ou pas, alors que celui du petit peuple se dégrade à vue d'œil, à condition d'être avec. Je vais prendre à titre d'exemple une situation qui m'est familière : la région de Rivière-Noire, mais j'invite le lecteur à faire preuve d'imagination pour l'étendre à toute l'île Maurice et à d'autres types de profession et, encore pire, à ceux qui n'ont ni logement ni travail.

La région comprend la pêche comme première activité socio professionnelle, suivie de laboureurs des champs. Viennent ensuite les bonnes de maisons, les saliniers (ères) (employé(e)s des salines), les maçons et les jardiniers. Les fonctionnaires et cadres sont de nombre insignifiant. L'analyse des métiers nous donne une idée approximative de la fragilité de l'emploi chez les habitants.

* La pêche fait face à une détérioration du lagon.

* Les laboureurs des champs sont invités à se retirer par la mécanisation des propriétés sucrières.

* Les maçons sont saisonniers.

* Déjà certaines salines se ferment par manque de demande de cette denrée qu'est le sel ou encore son importation fragilisant l'industrie locale.

* Les bonnes de maisons et jardiniers ne sont pas, dans la majeure partie des cas, déclarés à la sécurité sociale. C'est un travail presqu'informel, si ce n'est au noir. Il n'y a aucune législation qui assurerait la sécurité d'emploi de cette catégorie de travailleurs.

C'est à partir de ce paysage socio-professionnel qu'on arrivera à mieux comprendre la portée du pouvoir d'achat de certains Mauriciens, avec en ligne de mire la rentrée scolaire. Les types de travailleurs évoqués voient leur salaire divisé par trois avec l'impact de la décadence économique à l'échelle globale. Nous assistons à la prolétarisation de tout un peuple qui s'insère désormais dans une économie de survie. Comment arrivera-t-il à fournir une paire de chaussures de Rs 300 à son enfant ? Nous parlons du bas de gamme. Ajoutons les livres, si les enfants sont en secondaire. Comment donner l'argent de déjeuner chaque jour ? La situation qui prévaut dans le pays établit d'emblée le cercle vicieux de la misère. S'il n'y a pas un minimum de rentrée d'argent, il est certain que l'éducation va prendre un sale coup. Et si l'éducation n'est pas acquise, la situation salariale de la maison ne changera pas. Et ainsi va la vie.

Quoi que pour certains, ce n'est pas la même chose...

Line

Elsie Boucherville


«Il faut être plus consciencieux
pour l'éducation de nos enfants»

Mère de deux enfants, Elsie Boucherville est engagée dans sa paroisse à Tamarin dans divers services. Responsable d'une école maternelle, elle considère que les parents devraient accorder plus d'importance à l'éducation de leurs enfants.

Certains élèves se retrouvent sans manuel scolaire à la rentrée des classes alors que la liste des livres
est donnée des semaines avant...

Je note que l'éducation des enfants est importante dans certains milieux et moins dans d'autres. Certains parents ont tendance à laisser l'éducation de leurs enfants entre les mains des enseignants ou de l'école. D'autres, plus consciencieux, font l'achat des matériels scolaires dès qu'ils ont la liste des livres de leurs enfants et achètent chaussures, sac et tous les accessoires nécessaires avant la rentrée. C'est ce que je fais personnellement, car après, avec la grosse foule, cela devient compliqué. Mais parfois si un enfant n'a pas de livres, c'est dû au fait qu'ils ne sont pas encore disponibles sur le marché. Là, au lieu de garder l'argent pour l'achat du livre ultérieurement, certains parents le dépensent à d'autres fins.

Vous voulez dire que pendant la période des festivités, certains parents «négligent»
l'éducation de leurs enfants ?

Il y a une bonne partie qui y pense, mais les autres ne pensent qu'aux fêtes. Ils se disent que c'est Noël et le Nouvel An, qu'ils ne sont pas certains de voir la prochaine année, alors ils s'amusent aujourd'hui sans trop se préoccuper du lendemain. Certains obéissent aux caprices de leurs enfants pour leur donner le dernier modèle de portable ou de chaussures et vêtements griffées pour faire comme les autres. Il existe quand même ceux qui sont consciencieux : qui achètent selon leurs moyens et qui n'achètent que ce dont leurs enfants ont besoin pour leur éducation et leur offrent également un bon encadrement, tandis que certains sont d'avis que c'est uniquement le souci de l'école.

Avec la cherté de certains manuels scolaire, certains parents ont recours aux livres de seconde-main ou font l'échange de leurs vieux livres pour ceux dont ils ont besoin...

C'est une bonne solution. Au collège de mon fils (CSE Case-Noyale), l'on pratique l'échange de livres de classe et c'est efficace. Il est difficile pour certains parents d'acheter un livre à Rs 400, alors qu'on peut l'acheter à Rs 150 s'il a déjà été utilisé. Cela facilite la tâche de bien de parents, surtout ceux qui ont plusieurs enfants scolarisés. On parle de l'éducation gratuite et du transport gratuit. Mais avec le prix que se vendent les matériels scolaires, c'est une véritable fortune que les parents doivent trouver pour l'éducation de leurs enfants. J'ai une fille en HSC et un fils en SC. Cette année, je vais devoir payer les frais d'examens. Il faudra bien trouver l'argent. Cela m'aurait aidée si je n'avais pas à acheter des livres pour mon fils si dans son collège on utilisait les mêmes livres que dans le collège de ma fille.

Dans certains établissements, on fait la vente de cahiers, d'uniformes ... Pensez-vous que cela peut aider les parents ?

Il est difficile pour moi de bien répondre à cette question. A mon avis, il faudrait se demander quels sont leurs objectifs en vendant ces articles. Cela peut être une facilité pour certains parents qui ont la possibilité de presque tout avoir dans un même endroit, mais n'est-ce pas plus cher ? Acheter le tissu et faire coudre l'uniforme doit être plus économique.

Que direz-vous aux parents pour qui l'éducation des enfants est secondaire ?

Fermez vos oreilles et vos yeux pour ne pas entendre et voir les publicités qui incitent à l'achat à outrance. Cela sera à leur avantage. Vivre dans le confort c'est bien, mais il y a quand même des choses dont on peut s'en passer. Ils doivent penser à l'embarras de leurs enfants à l'école quand ces derniers n'ont pas tout leur matériel scolaire. Il serait bon que les parents y pensent dès le mois de décembre et de ne pas penser qu'aux festivités.

On confie nos enfants à un établissement scolaire. Pour une scolarité réussie, les enseignants ont besoin de la collaboration des parents. Pour le bonheur de nos enfants, nous devons faire plus d'efforts pour qu'ils aient tout le nécessaire et fermer les yeux sur le confort. Nous devons être plus à leur écoute à leur sortie de l'école pour savoir comment ils ont passé la journée, ce qu'ils ont appris, quelles ont été leurs difficultés. Je pense que cela leur ferait plaisir d'avoir un instant de partage en famille.

A partir de cette année, les boissons gazeuses
et autres sucreries seront interdites dans les cantines des écoles. Un grand pas selon vous ?

Il faudrait remercier ceux qui ont pris une telle décision, car il y va de la santé des enfants. En parallèle, il faudrait revoir le prix des produits laitiers. Comment offrir un yaourt à un enfant au prix où il se vend actuellement ? Même si c'est bon pour la croissance, il est difficile d'en consommer régulièrement. La vie à Maurice est devenue extrêmement chère et nos salaires n'ont guère augmenté.

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