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Que la force soit avec nous !

Une chose est sûre : il ne faut pas être astrologue pour avancer que 2007 sera, pour nous Mauriciens, une année difficile. Les réalités du travail, tant pour les cols blancs que pour les cols bleus, sont désormais un impératif de productivité accrue, un besoin de se réinventer constamment, la menace du chômage longue durée, les cadences infernales, le stress perpétuel... Et tout cela n'affecte pas seulement le salarié, mais a des conséquences au sein des foyers : manque de temps de dialogue et d'intimité, petits différends entre maris et femmes prenant des proportions exagérées, enfants mal ou pas encadrés...

Ainsi, de tels problèmes liés au travail et à la situation économique entraînent une certaine vulnérabilité psychologique chez nombre de nos compatriotes. D'autant plus qu'aujourd'hui, la cellule familiale est plus restreinte et, donc, l'individu moins soutenu et encadré.

Il est à mettre à l'actif de nos décideurs politiques d'avoir tenté, ces dernières années, de répondre à ces problèmes de société : d'où la présence de psychologues dans nos écoles, hôpitaux et lieux de travail. Même si ces mesures sont loin d'être suffisantes, il est aujourd'hui moins tabou d'avoir recours à un psychologue ou de souffrir de dépression. Cependant, revers de la médaille, ne courons-nous pas le risque de ressembler aux pays dits développés, où le recours à un psychologue devient la panacée ?

Qu'est-ce au juste que la dépression ? Pour faire court, il est aujourd'hui généralement entendu que la dépression est l'état de quelqu'un qui se sent mal dans sa peau alors que tout va bien. Et, dans nombre de cas, le mal étant d'ordre médical, le patient est soigné à l'aide d'antidépresseurs et autres traitements médicamenteux.

Certains psychologues soulignent qu'il est «normal» de connaître une phase de dépression dans certaines circonstances, durant un deuil,

par exemple. Ils rappellent également que, face à un monde en pleine mutation, les gens perdent leurs repères. D'où l'importance de ne pas confondre état dépressif et difficulté de s'adapter au changement.

On ne cesse de nous répéter qu'aujourd'hui, qu'un salarié doit s'attendre à changer d'emploi, voire de carrière, plusieurs fois dans sa vie. Ce qui entraîne une appréhension constante chez tous ceux conditionnés à penser qu'un emploi était pour la vie. Et nos jeunes ne connaissent que ce monde en constant bouleversement. Comment alors s'étonner qu'ils ne puissent envisager des engagements dans la durée ? Surtout que tout ce qui était considéré comme des «acquis» - mariage, ressources pétrolières, développement économique - est remis en cause. Sans compter les scénarios catastrophes annoncés : OGM, effet de serre, manque d'eau, surpopulation...

A l'étranger, face à cette angoisse de l'avenir, l'on a souvent recours à des antidépresseurs. A nous de faire de sorte de ne pas tomber dans le même piège. On parle constamment de précarité à Maurice sans aborder la question de souffrance morale qui va avec. Nous, Mauriciens, nous avons toujours cru que nous étions protégés par notre insularité et nos valeurs. C'est le moment ou jamais d'utiliser les ressources en nous et de croire en nos valeurs intemporelles, d'apprendre à gérer nos conflits intérieurs : même si, au fond de nous, nous ne voulons pas d'une vie régie par la quête du matériel, l'argent prend de plus en plus de place dans notre vie. Dans ce monde où le paraître est tellement important, nous sommes appelés à faire preuve de force morale et spirituelle pour nous réinventer d'autres manières d'être heureux.

Erick Brelu-Brelu


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