Fluidité de la circulation


Anne, ma sœur Anne...

«Désengorger les rues de la capitale et rendre la circulation plus fluide sera une des priorités du gouvernement. D'autres projets suivront rapidement. We mean business.» Dix huit mois après, ces propos de Rashid Beebeejaun sont toujours en attente de concrétisation. Bienvenue au monde des effets d'annonce et de chantiers virtuels !

Tous ceux allant dans la capitale chaque matin le constatent : que l'on ait recours au transport public ou privé, la densité du trafic rend l'entrée ou le passage à travers Port-Louis un exercice very time consuming et éprouvant pour les nerfs. Et passer à travers Port-Louis signifie aujourd'hui, à n'importe quelle heure, prendre souvent entre 45 et 60 minutes pour accomplir les quelques kilomètres entre les ronds-points du Caudan et du Quai D. Bizin changement nous avait-on promis durant la dernière campagne électorale...

Dix huit mois après, force est de constater que nous en sommes toujours aux effets d'annonce et aux vœux pieux. D'abord, nous avons eu l'arrivée d'un «expert» étranger, singapourien cette fois, sensé faire le point sur la situation dans la capitale. Son rapport, volumineux, contenait un certain nombre de mesures qui, selon les pouvoirs publics, «doivent être étudiés avant leur application». La mesure phare de ces mesures : l'introduction d'un péage pour tout véhicule entrant ou traversant la capitale.

Devant un certain empressement des autorités à n'introduire que cette idée de péage, plusieurs voix se sont fait entendre pour rappeler que les mesures annoncées faisaient partie d'un tout et que celle retenue n'était qu'un moyen subtil élaboré pour remplir les caisses de l'Etat. Depuis, il semblerait que le rapport de cet énième expert dorme dans un des nombreux tiroirs des services du sieur Beebeejaun.

Diverses études

Autre projet prioritaire identifié avant les élections : le choix d'un mode de transport public moderne et rapide entre Curepipe et Port-Louis. Plusieurs projets ont été étudiés : couloir autobus/tram spécial sur l'autoroute, route réservée qu'aux autobus sur l'ancienne voie ferrée, métro léger, tramway... De nouvelles études ont été commandées, des voyages pour constater de visu comment cela marche à l'étranger organisés (et financés), des déclarations et annonces dans les médias faites, mais, à aujourd'hui, aucune décision ne semble avoir été prise.

Et le parking dans la capitale ? Plusieurs automobilistes se plaignent du fait qu'il est presque impossible de trouver une place pour se garer dans le centre-ville de Port-Louis, même s'ils sont munis du sacro-saint ticket de parking. La principale raison : ces sites sont quelques fois occupés par des véhicules sans tickets ou, plus souvent, squattés par des marchands ambulants. Devant le choix des autorités dites compétentes de ne pas sévir à l'encontre de ces squatters, se garer dans la capitale tient lieu d'une véritable opération chasse au trésor jouant sur les nerfs du conducteur. Dire que l'on nous avait promis de rendre, «dès notre arrivée au pouvoir», la circulation plus fluide à Port-Louis !

Qu'en est-il du projet de périphérique ou de rocade (ring road) pour éviter le centre-ville de la capitale ? Là encore, rien de fait. Régulièrement annoncé par les précédents gouvernements et ayant même fait l'objet de présentations, avec plans et maquettes, ce projet en est toujours au stade d'annonce. Les sites des travaux de construction de cette voie rapide, avec ses parties suspendues et ses tronçons à flanc de montagne ainsi que ses bretelles d'accès à diverses parties de la capitale, ont depuis longtemps été identifiés. Pourquoi n'a-t-on toujours pas donné le premier coup de pioche de ce chantier ? Par manque de fonds ? Nullement. Simplement parce que plusieurs parties où devrait passer cette nouvelle route sont soit occupées par des squatters ou... ont été allouées à des anciens squatters, campagnes électorales précédentes oblige !

Dream Bridge

Tel un serpent de mer, le projet de pont suspendu pour ceux n'ayant qu'à transiter par Port-Louis revient régulièrement sur les devants de la scène. Dream Bridge cher à l'ancien ministre travailliste Siddick Chady il y a une dizaine d'années, ce projet est revenu d'actualité grâce au même Siddick Chady, aujourd'hui responsable des affaires portuaires. Un chiffre a même été annoncé quant au coût de ce projet pharaonique et l'ancien ministre aurait trouvé des investisseurs chinois pour le financer.

Du côté des autorités, c'est silence radio. Selon des détails publiés dans la presse, ce Dream Bridge débuterait près des installations du vrac pour «survoler» l'entrée du port et rejoindre la terre ferme près des bâtiments du Port-Franc. Devant l'opposition de certains à l'hôtel du gouvernement, le projet de Siddick Chady risque de ne demeurer que sur papier.

Certains conseillers et cadres du ministère des Infrastructures publiques ont suggéré, de leur côté, la construction d'une quatre-voies aérienne «bien moins ambitieuse» que la précédente : elle partirait des Salines pour contourner Le Caudun et rejoindre la terre ferme près des Moulins de La Concorde et prendre fin au port de Trou-Fanfaron. Outre qu'il présenterait l'avantage d'être bien moins onéreux que le Dream Bridge, ce projet séduirait les experts par la rapidité de sa mise en œuvre. Même si son côté esthétique demande à être affiné.

Investissements conséquents

Deux autres projets pour «délester» l'autoroute de Curepipe à Port-Louis du trafic ne faisant que transiter vers la capitale ont également fait l'objet d'annonces dans la presse : une route Saint-Pierre/Port-Louis via un tunnel à travers la montagne du Pouce et une route La Laura-Malinga/Crève-Cœur. Ces deux projets s'accompagneraient de mesures formant partie d'un ensemble : rehaussement du niveau des routes existantes, création de nouveaux ronds-points et échangeurs, nouvelles voies d'accès de et vers Réduit...

Mais, là également, l'on bute sur des problèmes. Pour résumer, plusieurs cadres du ministère des Infrastructures publiques mettent en avant le fait que construire soit le tunnel du Pouce ou la route La Laura-Malinga/Crève-Cœur serait vaine sans toutes les mesures d'accompagnement identifiées plus haut. Ce qui requiert un investissement conséquent en parallèle de ces chantiers. Et c'est là où le bât blesse, l'Etat ne pouvant y mobiliser les ressources financières conséquentes nécessaires sur une si courte période.

Quelle mesure sera donc initiée en 2007 ? Les autorités ont annoncé la destruction prochaine du rond-point du Caudan pour le remplacer par des feux de signalisation «intelligents», capables de coordonner le flux de véhicules vers et de la capitale. Fini donc les embouteillages monstres à cette partie de l'autoroute ? Rien n'est moins sûr, avancent certains conducteurs désabusés : «Il y a déjà des feux qui existent sur d'autres parties du trajet Caudan/Trou-Fanfaron et, dès que les policiers les by-pass, c'est la pagaille et nous avançons à une allure de tortue. A quoi bon dépenser de l'argent pour des feux au Caudan si ce sont des policiers qui sont responsables des embouteillages», fait remarquer un ancien chauffeur de navettes entre les gares Victoria et du Nord.

Alors que le prix du carburant, dont la partie qu'encaisse l'Etat, n'a cessé d'augmenter et que les frais de déclaration, d'enregistrement et autres des véhicules sont régulièrement revus à la hausse, le conducteur obligé de se déplacer vers et dans la capitale n'est pas prêt de voir se terminer son calvaire. Et il a intérêt à se munir d'une bougie. Rouge de préférence.

Erick Brelu-Brelu

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