Joceline Minerve


Changeons la donne !

Sur le plan social, la situation demeure critique et les grèves de la faim illustrent la précarité de bon nombre de nos compatriotes. Et le démantèlement du Trust Fund for the Social Intergration of Vulnerable Groups et le limogeage des animateurs des enfants de rues signifient un «larguage» irréfutable des éléments de notre société exposés à la fragilité extrême !

Conséquence, parmi d'autres : la prolifération effarante des fléaux sociaux devient très inquiétante, avec des victimes de plus en plus jeunes devenant totalement dépendantes de l'alcool, de la drogue, de la prostitution et de son corollaire, le sida! Sans compter la montée des violences de toutes sortes : conjugale, pédophile, envers les personnes âgées ou avec handicap, institutionnelle et structurelle. Qu'a-t-on fait, en retour, pour endiguer le délitement social ? Anne, ma sœur Anne...

La vie chère et la cascade d'augmentations sont de vrais casse-tête pour les consommateurs et la spirale ne fera que continuer dans la conjoncture mondiale... avec pour principales victimes, les plus vulnérables.

Les résultats du CPE, comme prévu, n'ont pas tenu les promesses de la supposée World Class Education avec sa fameuse recette-formule A+: toujours plus de méfiance du côté des parents et une année éprouvante pour près de 20 000 élèves condamnés au goulot d'étranglement des 1 200 places de prime!

Cynisme

Comment ne pas mentionner la lutte inlassable de nos concitoyens chagossiens qui ont arraché du pouvoir colonial britannique le droit de visiter leurs cimetières pour honorer leurs parents défunts - unique raison pour laquelle ils ont pu fouler leur terre natale! Et depuis, c'est avec quel cynisme que les autorités britanniques campent sur leur position!

Et Agalega, jusqu'à quand sera-t-elle le souffre-douleur des gouvernements successifs ? Ses deux bancs de sable ne sont-ils intéressants que comme appât offert aux industriels, locaux ou étrangers, sous le fallacieux prétexte du développement?

Sur le plan de l'environnement, qu'avons-nous vu? Les consommateurs qui doivent acheter le sac plastique. Mais quelle perversité quand cet argent qu'il débourse fait la promotion de la firme commerciale où il a effectué ses achats! Qu'est-il advenu de la proposition faite, longtemps déjà, par l'Association des consommateurs de cultiver des plants de vacoas pour la fabrication des tentes? Les autorités décident plutôt de pénaliser allégrement le consommateur, sans le sensibiliser et ne rend aucun compte des revenus générés à cet item, ni de l'utilisation faite de cet argent du client !

D'ailleurs, n'y a-t-il pas eu, il y a environ 15 ans, un projet en partenariat avec l'Australie concernant le tri des déchets, avec trois types de poubelles, lancé chez SPES ? Pourquoi et par qui a-t-il été bloqué? Nos parlementaires ne pourront pas se contenter d'aller voir le film d'Al Gore sur le réchauffement climatique et faire des commentaires de circonstances ! Pour être crédible, il faut faire montre de cohérence !

Peut-on passer sous silence le projet de mausolée et de crypte au Jardin de Pamplemousses ? Qui a eu cette idée saugrenue d'imaginer installer un tel mémorial dans un jardin botanique et historique du XVIIIe siècle? Ne pouvait-on pas trouver mieux pour susciter la vénération de SSR dans le cœur des Mauriciens?

Sur le plan de l'économie et des finances, la mystification et le plus gros déni démocratique, c'est bien ces appels d'offres secrets lancés sur le plan international mais... pots aux roses découverts grâce à la presse étrangère : les divers emprunts sollicités en milliards de roupies ! Comble de ridicule : faits réfutés, puis maladroitement rectifiés et ... enfin information officielle émanant des institutions bailleurs de fonds, en l'occurrence la Banque mondiale, qui vient apporter sa caution aux dits emprunteurs !

Business as usual

Que n'avons-nous pas entendu durant la campagne électorale sur le niveau d'endettement du pays ? Qui nous fera l'état des lieux et nous dira la vérité (qui dérange) sur cette question ? Avec le Public Procurement Bill, on nous annonçait de la «transparency in expenses...to establish appropriate environment that provide confidence to stakeholders of new economic model»... Quid des industries traditionnelles, reléguées au placard? Sauf pour le voyage du ministre de l'Agriculture à Bruxelles pour la négociation sur la compensation avec la fin du régime préférentiel sur le sucre!

Néolibéralisme

Nouvelle économie = marché de capitaux étrangers ? Néolibéralisme dont la tangente financière spéculative est la nouvelle étape de ce capitalisme, qui ne vise que le profit au lieu de viser la production! Est-ce pour cela que le ministre des Finances parle de retour de la confiance dans l'économie ? Quelle est la panacée pour attirer ces investisseurs ? Les IRS qui vont démarrer en 2007 ? Combien de ces projets IRS ? Où ? Quel sera l'impact sur nos peu d'espaces en terres disponibles ? Avec le projet Ferney, qui n'a pas été totalement abandonné, n'y a-t-il aucune réflexion sur la prise en compte des écosystèmes dans ce pays?

Et pourtant, avec les finances publiques, a été organisée, à grands frais, la Conférence des petits États insulaires, où les autorités se sont engagées (?) sur des résolutions... Pas de continuité de l'État? Et le Plan d'action de Rio sur l'environnement? Le plus proche, celui de Nairobi, on n'en entend pas parler ! Pourquoi ? Aucun lien avec l'économie ? Et l'on osera parler de démocratisation de l'économie en se gargarisant de slogans !

Préférons-nous continuer à nous bercer d'illusions et croire dans le chant des sirènes d'un avenir meilleur - et les politiciens traditionnels excellent à ce jeu-là - plutôt que de nous interroger avec rigueur sur notre devenir commun! Et faire face à la vérité!

Et dire que des chercheurs très sérieux ont tiré la sonnette d'alarme sur les conséquences désastreuses de nos modes de vie sur la planète depuis plusieurs décennies! Ici, on continue à jouer à l'autruche parce que business as usual is the order of the day!

Bulle protectrice ?

Le transport étant un composant essentiel du système économique, quelle issue ? Seule solution = tramway? Pensons-nous à la période de transition où le pétrole sera très cher? Il y a bien plus de 30 ans que la question des énergies renouvelables a été évoquée à Maurice! Pourquoi rien n'a-t-il été fait à ce jour, à part de l'éolienne, à Grand-Bassin et qui fut enlevée ? Aucune volonté politique pour des solutions de rechange! Nous ne nous préoccupons pas de la flambée du prix des hydrocarbures et de l'épuisement des ressources naturelles fossiles.

On continuera à asséner le slogan mystificateur de «développement durable» dans le maintien de ce système économique consumériste alors que depuis plusieurs années, les experts de la modérée ONU ont prouvé que la Terre est épuisée par l'exploitation extensive des ressources naturelles et que pour maintenir ce train de vie, 6 à 8 planètes ne suffiraient pas!

Maurice, coupée des courants dynamiques qui animent la réflexion de l'intelligentsia du monde, continue à vivre dans sa bulle! Pensons-nous qu'en évitant des débats de fond sur ces sujets brûlants, nous nous protégeons? Le réveil sera encore plus douloureusement pénible!

A l'évidence, les équipes dirigeantes passées ou actuelles n'ont aucune intention de relever aucun de ces défis vitaux auxquels nous sommes confrontés, que nous l'évoluions ou non! Indéfinie, vu la finitude des ressources de la planète Terre.

Sauveur de la nature

Que faire alors ? Il existe deux moyens à notre portée : a) réclamer un changement de paradigme pour axer l'économie sur les besoins des personnes en mettant un terme à l'inversion de l'économie sur le social ; et, b) réapprendre à vivre dans la sobriété et la simplicité en changeant profondément de comportement et en modifiant nos attitudes et nos habitudes!

Ce contexte de la Nativité n'est-elle pas la période propice pour faire le point et prendre les résolutions d'un nouveau départ en mettant nos pas dans ceux du Prince de la Paix qui, humblement, est venu nous rappeler qu'en tant que Fils du Créateur, nous sommes aussi, avec Lui, responsables de la Création. Qu'avons-nous fait de ce qui nous a été confié... pour la gloire de Dieu et le bonheur des générations à venir ? Le Sauveur nous tend la main pour, avec Lui, devenir des sauveurs de la nature donc de l'humanité. Du moins, de ce qui peut encore l'être.

par Joceline Minerve


retour aller