Travail social


«Le don de soi est au cœur de notre travail»

L'année 2006 a été un sursaut dans le domaine du social. Le Programme des Nations unies pour le développement, les ministères de la Sécurité sociale et de la Santé, des firmes privées et des groupes d'artistes ont apporté leur contribution pour que ceux au bas de l'échelle ,et drogués et séropositifs trouvent un soulagement. Il y a eu une prise de conscience au niveau de l'ensemble de la population et des actions ont été initiées. Néanmoins, ce n'est pas une raison pour se contenter d'une satisfaction chimérique.

Toutes les Organisations non gouvernementales (ONG) ont fait face à des difficultés financières cette année. Cela en raison de la hausse du coût de la vie et même le gouvernement, notre principale source de financement, nous a demandé de nous serrer la ceinture ou alors a refusé carrément toute demande d'aide additionnelle.

Espérance

Mon constat en cette fin d'année est plein d'espérance. De par mon expérience à Chrysalide qui est un centre pour les femmes droguées, je trouve qu'il y a pas mal d'efforts faits tant par les autorités que par les ONG. Les personnes touchées par la maladie de la dépendance peuvent se faire soigner dans les différents centres existants.

Bien que sortir de la dépendance est un long processus, surtout quand il s'agit des femmes, la dépendance à une substance est souvent la conséquence d'abus sexuel, d'attouchements, de viol et de toutes sortes de violences.

Indépendance v/s dépendance

Je fais un plaidoyer pour toutes les femmes qui veulent être indépendantes et libres de toute drogue, mais qui se retrouvent souvent dépendantes de l'homme parce qu'elles ne trouvent pas du travail facilement après leur thérapie et souvent ces hommes se servent d'elles pour avoir leur propre consommation de drogue. Notre société a encore du chemin à faire pour l'autonomie et la liberté de la femme, il devient encore plus dramatique pour la femme droguée et HIV+.

Par exemple, une jeune femme arrive difficilement à louer une maison dans notre île, elle doit subir une série de questions pour expliquer «pourquoi» elle est seule.

Le fait social comporte deux volets : (a) résoudre le problème immédiat ; (b) le «follow up». Beaucoup d'énergie est dépensée dans nos centres, mais après, faute de personnel, due à un manque de financement, nous n'arrivons pas à les accompagner dans la durée.

Dans le domaine du HIV+, il y a eu beaucoup de sensibilisation, de prévention et d'attention particulière pour les personnes atteintes. Aujourd'hui, l'accès au «testing» et aux soins est plus connu du grand public.

Don

Malgré toutes les difficultés rencontrées quotidiennement, le don de soi est au cœur de notre travail. En ce temps de la Nativité, je fais l'expérience chaque jour que Dieu continue à sauver ceux et celles qui se laissent sauver par Lui. Sans une vie intérieure intense, nous ne pourrons pas comprendre la souffrance et l'humiliation que nos sœurs ont subies. Comme Mère Teresa, nous expérimentons ce qu'elle appelle faire confiance à la Providence.

Les marchands de la destruction de nos familles opérant en réseau, je voudrais, pour terminer, formuler mon souhait en ces mots: que tous les travailleurs sociaux luttent sur une même plate-forme, parce que nous avons un même objectif : guérir ceux qui sont atteints et prévenir, pour un meilleur avenir pour nos jeunes.

En m'engageant pleinement dans le travail social, j'ai pris conscience de la souffrance des femmes qui se sont retrouvées dans l'engrenage de la drogue, bien malgré elles dans bien des cas. En raison de plusieurs circonstances de la vie (pauvreté, insécurité et incompréhension dans la famille), elles ont été contraintes de se droguer ou de se prostituer.

Je suis heureuse de pouvoir leur apporter un soutien et cheminer avec elles pour qu'elles puissent refaire leur vie et mener une existence stable et reprendre la responsabilité de leurs enfants.

De nos jours, on constate de plus en plus des problèmes sociaux qui méritent un peu d'attention. Il y a beaucoup à faire pour les enfants, pour les toxicomanes, pour ceux atteints du VIH/sida. Ces derniers n'ont pas tout le soutien voulu quand ils ont à annoncer à leur proches qu'ils sont séropositifs.

Interrogations

Ce qui me chiffonne dans le travail social, c'est que certains n'osent pas commencer quelque chose sous prétexte qu'ils n'ont pas les moyens de le faire. Pour eux, l'argent passe avant. Sans cela, ils ne vont rien faire alors que nombreux sont ceux qui font des choses dans l'ombre et cela gratuitement.

En Amérique latine par exemple, ils commencent le travail et demandent de l'aide au fur et à mesure que le projet avance.

A Maurice, on fait des projets, on cherche les bailleurs de fonds avant de commencer le travail. Par cela, je ne minimise pas que les ONG ont besoin d'argent, car sinon on ne pourra pas fonctionner. Il se trouve qu'on a développé une mentalité à Maurice qu'on ne peut rien faire sans argent. Les ONG devraient faire preuve de plus de transparence en faisant des bilans ou des rapports réguliers de leurs actions, car les Mauriciens ont besoin de savoir ce qui est fait avec l'argent qu'ils ont contribué.

Les dons suivront automatiquement à mon avis, car, en général, les Mauriciens sont généreux même ceux qui donnent pour se «donner, bonne conscience». S'ils donnent c'est justement qu'ils ont pris conscience qu'il y a un problème quelque part et que même s'ils ne peuvent pas s'engager personnellement, ils peuvent apporter leur contribution en faisant un don.

Souhait

J'encourage les familles à inculquer le sens du partage à leurs enfants, car le don de soi, le
service gratuit à l'autre ne tombe pas du ciel. Cela se développe et se cultive. Les familles peuvent encourager l'accueil des défavorisés. Cette ouverture aux autres peut encourager les enfants à suivre cette tendance et s'engager davantage plus tard. Je souhaite aussi que ceux qui ont besoin d'aide n'hésitent pas à se tourner vers les services existants. Mais, malheureusement, ce n'est pas tout le monde qui ose demander de l'aide. Il y a un manque d'encouragement.

par Marlène Ladine

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