Le tour de l'Ile (2) (Seconde partie)

Retour au menu . . Debut de l'histoire


               Le tour de l'ile (seconde partie)
               ---------------------------------
      La premiere version de ce texte a ete ecrite pour
      internet en 1997, puis corrigee un peu a la fois.


Apres ce tres long voyage depuis Lille, et deja mille aventures, nous
venons donc de passer notre premiere nuit ici sur le sol Mauricien.

Il nous faudra plusieurs jours pour recuperer de notre long periple,
pour nous habituer a la chaleur, au decalage horaire, a la vie ici...

Le travail ensuite me prend beaucoup de temps. Mais il m'en reste pas
mal pour aller aussi visiter toutes les merveilles de cette petite ile.

Cette region de Beau-Bassin/Rose-Hill, ou nous residions, forme, avec
Quatres-Bornes/Floreal, un vaste sous-plateau a mi-hauteur entre les
hauts de Curepipe et les villes et villages qui bordent la mer.

La majorite de la population s'y s'est concentree. Sans y connaitre la
fraicheur "toute relative" des hauts, ni l'intense chaleur des villages
du long des plages cotieres, le climat y est assez confortable, tres
chaud bien sur, mais supportable, moyen, surtout le soir pour dormir.

La majorite des activites vitales de l'ile se sont concentrees dans la
Capitale Port-Louis, etuve intense, surpeuplee le jour, vide la nuit.

Aujourd'hui une auto-route, disons plutot "une voie rapide", part de
l'aeroport directement vers Saint-Jean, rejoint ensuite Port-Louis puis
les villes du nord, ceci sans traverser reellement aucune ville, mais ca
ne veut pas dire qu'il n'y a pas entre deux beaucoup de rond-points, et
souvent de tres nombreux embouteillages vu la circulation d'aujourd'hui.

Avec sa petite eglise type "Maison Creole", et son cimetiere creole, ce
rond-point de Saint-Jean se situe au centre de ce plateau intermediaire,
a l'entree de Beau-Bassin/Rose-Hill, c'est le seul vrai grand carrefour,
un aiguillage routier vital et nevralgique de toute l'activite de l'ile.

Vers le nord, les grands sites touristiques de Trou-au-Biches, Grand-Baie,
Pereybere, Grand-Gaude, avec une bifurcation a la hauteur de Terre-Rouge
pour rejoindre le celebre Jardin Botanique Tropical de Pamplemousse.

Vers le sud, la route se prolonge ensuite vers Mahebourg, puis le Vieux-
Grand-Port (l'ancien port de l'ile), le Domaine du Chasseur ou c'est
plus avec cameras et appareils de photo que l'on chasse cerfs et autres
sangliers en libertes, plus loin les Canons des ex-Batteries Francaises.

La eurent lieux parmi les plus celebres batailles navales pour la
conquette de l'ile Maurice... des noms comme Dufresne, Poivre, Dumas,
Mahe de la Bourdonnais, Dupleix, Surcouf, Bernardin de St-Pierre, et
combien d'autres, ont ainsi marque l'histoire de cette petite ile.

Vers l'Est, c'est la route de Moka, Quartier Militaire, Flacq, Poste
Lafayette, le Saint-Gerant, Trou d'Eau Douce (une source naturelle en
plein milieu de marais salant), l'Ile aux Cerfs vierge et magnifique.

Vers l'ouest, la ville nouvelle de Quatre-Bornes, Vacoas, et puis tous
les cites touristiques de la cote ouest : Flic en Flac, Tamarin, le
Morne Brabant, les Gorges de la Riviere Noire, les Sept Cascades...

Au centre de l'ile le Trou-aux-Cerfs domine la ville de Curepipe, c'est le
dernier volcan a avoir ete actif, mais eteint depuis des millions d'annees.

Son diamete n'est que de quelques centaines de metres. Au fond du cratere
il y a un suberbe petit lac naturel, une faune et une flore sauvage se sont
installees dans la cheminee qui est pratiquement innexplorable vu le degre
presque vertical de sa pente vers le fond, ceci sur quelques cent metres.

La vue depuis le haut du Trou aux Cerf est magistrale, l'on y domine
pratiquement toute cette partie habitee de l'ile Maurice, depuis les
hauts de Curepipe, puis tout le plateau intermediaire, et au loin la mer.

La vue y est magnifique, surtout a la tombee du jour, au loin ce soleil
grandiose qui se couche sur fond de mer a l'horizon, toutes les lumieres
des villes alentours qui s'allument progressivement, et puis l'apotheose
lorsque le rouge s'estompe, quand le ciel se constelle d'etoiles, que la
lune jette sa couleur bleu-gris, tout se refletant au loin sur l'ocean.

A Vacoas, par les hauts, la route se prolonge vers La Marie le plus grand
reservoir d'eau potable de l'ile, puis ensuite ce sont les Gorges de la
Riviere Noire, la ravine de la Riviere Tamarin avec ses multiples et
gigantestes cascades dont les nuees, dans le soleil, rayonnent de milles
arc-en-ciels, la plus belle ayant pour nom "le Voile de la Mariee".

Plus loin c'est la Plaine-Champagne, on y croise souvent des Singes
sauvages a chaque point de vue vers la mer, sans parler de ces curieux
Paille-en-Queue qui planent au dessus de vous tel des Aigles a l'affut.

Ces oiseaux dits "Cardinals", d'un rouge ecarlate, ne peuvent vous echaper
au milieu de la verdure claire des Palmiers, du noir des Ebenes, autres
Sapins, Arbres du Voyageurs, Cocotiers, que sais-je, tout est a decouvrir.

Des Serins jaunes, verts, Ara multicolores, Huppes, Martin, tout ca libre
et en pleine nature sauvage, et toujours ce melange subtil du parfums de
toutes ces essences vegetales qui peuplent ces forets presque vierges.

Dans la descente, vers le petit village de Riviere Noire, nous passons par
Chamarel, c'est un site unique au monde, la "Terre des Sept Couleurs"...

A l'origine, une source d'eaux chaudes sulfureuses y forma, avec le fer
volcanique, des sels qui s'y sont deposes, au court des milenaires, en
strattes de differentes couleurs, c'est vraiment une grande curiosite.

Aucun vegetal ne pousse sur ce site de quelques kilometres carre ou la
terre est vraiment, par couches successives, "de toutes les couleurs".

Plus bas, en longeant la mer par le sud, c'est la cote sauvage de Souillac,
d'immences vagues en rouleaux se jettent sur le recif, elles depassent en
hauteur parfois plus de dix metres, ceci dans de superbent gerbes d'eau,
enroulees d'ecumes blanches, que l'on ne peut se lasser de regarder et
d'admirer durant des heures (la baignade y est strictement interdite).

Remontant par Tyack vers Curepipe passons voir la "Ravine aux Crocodiles".

Au cours des millenaires les pluies cycloniques torrentielles ont creusees
de nombreuses ravines un peu partout dans l'ile, mais, en temps normal, seul
un petit cours d'eau alimente par les hauts y coule. Beaucoup de ces ravines
sont impenetrables, ce sont de veritables forets vierges en miniatures, la
cime de leur plus grands arbres n'arrive meme pas a la surface, ou a peine.

Mais celle aux crododiles a ete anemagee, et l'on y descend a pied par un
petit chemin sinueux, presque a pic, quel plaisir et quelle fraicheur au
fond, le ruisselement de l'eau, cette vegetation, cette faune comme dans un
vivarium, la lumiere du soleil arrive a peine, un delice pour les orchidees,
fougeres geantes, tortues geantes, oiseaux tropicaux, et autres insectes.

C'est dans ce mini eco-systeme qu'a ete installe un elevage de crocodiles,
d'une part pour la fabrication et l'exportation de chaussures, ceintures,
sacs... mais aussi pour le grand plaisir des touristes de pouvoir penetrer
ce monde exotique, surrealiste, hyper tropical, presque "Jurassique Park".

Je vous rassure tout de suite qu'il n'y a pas de crocodiles en liberte a
l'ile Maurice, de meme il n'y a pas ici d'animaux a venin, pas de serpent,
ni d'araignee venimeuse, c'est ici un mini-monde gentil, calme, serein...

Mais deja quelques mois que nous sommes arrives, beaucoup de travail aussi,
et aussi beaucoup de visites de cette ile magnifique, dans tous les sens.

Il y fait de plus en plus chaud au fur et a mesure que notre ete tropical
avance... Noel s'est bien passe, en famille, les petits enfants etaient
emerveilles de voir "pour la premiere fois" un sapin et de vrais cadeaux.

L'inauguration des premieres emissions TV en couleurs a Maurice fut une
grande reussite. Le Premier Ministre d'alors, Sir Seewoosagur Ramgoolam,
presidait les ceremonies et nous fit les plus grands honneurs, cela fit
aussi la une des quelques journaux locaux d'alors. L'ile Maurice avait
maintenant sa chaine de television locale, la M-B-C, en couleurs ...

Nous avons bien besoin maintenant de nous reposer, la Diplomate demarre
vers notre prochaine etape, Pointe aux Sables, ou un campement nous y a 
ete reserve pour que nous y fetions tranquillement un super nouvel an.

Notre campement a dix chambres, trois salles de bain, cuisine, salon,
salle a manger, et une immense terrasse au milieu de laquelle une grande
table de ping-pong nous permettra d'y faire quelques tournois amicaux.

Comme vous pouvez l'imaginer l'equipement interne du bungalow est assez
rudimentaire. Mais nous ne sommes pas la pour faire dans le grand luxe.
De plus, vu la chaleur, c'est dehors que nous y seront le plus souvent.

Devant la terrasse une large allee sabloneuse, bordee de grands filaos
bruitant un doux sifflement a la moindre brise, nous amene directement
a la plage, au lagon, a la mer, le reve a vingt metres, a nos pieds...

De tres grands palmiers jettent un peu d'ombre sur le fin sable blanc
surchauffe, la plage est deserte et rien que pour nous, un clapoti au
bord de l'eau sur quelques rochers qui emmergent et qui nous permettent
de nous avancer un peu, l'eau du lagon y est limpide, quelques dizaines
de centimetre seulement a cet endroit, mais deja des miliers de petits
poissons de toute couleurs, crabes, crevettes, la pour nous accueillir.

Le lagon fait une centaine de metre environ, au maximum sa profondeur
n'est que de quelques metres seulement, sa surface luit d'un bleu-vert
cristalin sous les rayons du soleil, la temperature de l'eau surchauffee
est un regal, avec palmes et tuba nous allons vite en explorer le fond.

Les coraux forment support a de nombreuses especes d'algues au milieu
desquelles toute une faune multicolore s'est intallee, la une Muraine,
la un Poisson Lune, que sais-je, les yeux ne savent plus ou regarder,
et la lumiere y baigne une douceur extra-terrestre en se reflechissant.

La-bas c'est la barriere de corail, derriere c'est l'ocean, les immences
rouleaux s'y versent et se deversent inlassablement, dans des nuees de
gerbes et d'ecumes, dans un bruit assourdissant, presque l'apocalypse
quand on se retrouve a quelques metres de ces vagues gigantesques...

De nombreuses petites barques de pecheur passent au milieu du lagon,
l'un d'eux nous a repere, baisse les voiles pour nous rejoindre, et
nous propose les magnifiques rougets qu'il vient de pecher.. Il va
sans vous dire que ces rougets seront des le soir meme a la poele...

Apres de nombreuses heures de baignade, ou d'exploration sous-marine,
dans ces eaux chaudes du lagon, nous nous allongeons traquillement a
l'ombre des palmiers pour continuer a gouter ce spectacle facimant.

Mais nous devons vite penser aussi a preparer notre reveillon de nouvel
an, nous avons prevu de faire un super barbecue, pour cela nous creusons
un grand trou dans le sable de l'allee, et nous y entassons fagots et
troncs d'arbres pour le nourrir de braises que nous entretiendrons le
temps d'aller chercher a Port-Louis un Cabri complet prepare pour nous.

Surprise, le porte-helicopteres ecole "La Jeanne D'arc" est dans le port ?

La Diplomate fait un rapide demi-tour pour rejoindre l'embarcadaire, nous
montons a bord, le capitaine de quart est aussi passe par Givet, Bitche,
Mourmelon, nous sympathisons, ce soir il sera a la fete avec nous, il va
venir avec deux de ses sous-officiers, et un jeune trompette forme au 43
qui n'en pas revient de retrouver ici un compatriote du Nord de la France.

C'est encore le milieu de l'apres midi, il nous faut commencer a cuire
doucement notre Cabri. Dans la fosse que nous avons alumee ce matin les
braises y sont maintenant tres tres chaudes.  Haut dans un premier temps
nous placons la bete, renouvelons le bois pour alimenter le feu, nous la
descendrons a fur et a mesure, en quelques heures la grillade sera prete.

Vers vingt heure nos pompons rouges arrivent, puis de bons amis de l'ile
de la Reunion venus passer quelques jours ici avec nous, ma future epouse
Mauricienne est la egalement avec toute sa famille, et d'autres invites.

Un petit orquestre typique annimera notre soiree, c'est autour de la grande
table de ping-pong que tout ce petit monde va s'installer pour ce repas
innoubliable, toutes les sauces, ingredients, legumes, fruits tropicaux,
que vous pouvez imaginer, a la Mauricienne, agrementeront ce super mechoui.

Tout ceci en plein air, un 31 decembre, avec une temperature proche des
35 degres, au bord de la mer, autour d'un grand feu de bois, nous allons
feter, manger, et danser toute la nuit, et les voisins nous y rejoindrons.

A minuit c'est une explosion de petards et de feux d'artifice partout
dans l'ile, la fete bat son plein, la nuit sera longue, et tres chaude.

Pour arroser ca, avec une pensee pour nos parents et amis en France qui
feterons dans le froid de l'hiver ce nouvel an, dans quelques heures a
cause du decalage horaire, nous plongeons regulierement dans ces eaux
douces du lagon, entre deux danses segas, entre deux morceaux du cabri.

Vers cinq heure du matin, ce premier janvier 1976, chacun trouvera un lit
dans cet immense campement pour y prendre un peu de repos, tout a l'heure
nous reconduirons nos pompons rouges a bord de leur Jeanne, ensuite nos
autres invites, nuit innoubliable que je souhaitais vous faire partager.

Mais cette fantastique histoire (vraie) n'est pas finie, en reconduisant
nos marins de la Jeanne nous tombons sur le commandant du Mauritius-Pride.

Cet autre bateau fait normalement la navette avec la Reunion, Rodrigues,
et quelques autres iles, transportant passagers et marchandises diverses.

N'ayant rien de special en ces premiers jours de l'an 1976, le Mauritius-
Pride organise un "Tour de l'Ile Maurice", en bateau, depart ce 3 Janvier
1976 vers les 7 Heure du matin, et nous y serons tous a ce rendez-vous...

C'est donc en bateau ce 3 Janvier 76 que allons faire "Le Tour de l'Ile".

Nous sommes armes de nos jumelles, cameras, et puissants zooms devant
les objectifs de nos appareils photos, il n'est que sept heure du matin,
mais il fait deja tres chaud quand nous arrivons a l'embarcadaire du port
de la capitale de l'ile Maurice, Port-Louis, pour y garer la Diplomate.

Cette ville est encastree, une chaleur torride y regne en permanance,
d'un cote le port, de l'autre les chaines de Peter-Both et du Pouce la
domine, pas de vent, ou tres peu, et en plein soleil c'est la canicule.

Nous montons a bord du "Mauritius-Pride", nous allons partir par le
nord nous explique le commandant, comme ca ce soir, a notre retour par
le sud, vous pourrez voir toutes les illuminations des villes du plateau
central et du plateau intermediaire, vous verrez, c'est magnifique...

Le Mauritius-Pride ressemble a nos ferry qui traversent la Manche entre
la France et l'Angleterre au depart de Boulogne et Calais, en plus petit.

Il peux accueillir une bonne centaine de passagers. Les cabines, bien 
que petites, sont bien amenagees. Ce sont surtout les cales de ce bateaux
qui servent principalement pour y transporter beaucoup de marchandises.

A cette epoque les avions etaient rares, le Mauritius-Pride etait le
seul moyen pratiquement pour transporter les hommes, mais surtout les
vivres, le betail (meme vivant), les voitures, fournitures de tout ordre
et ravitaillements entre toutes les iles Mascareignes de l'Ocean indien.

Un orchestre est en train de s'installer sur le pont principal. Alimentes
par les generatrices du bateaux, les claviers, autres guitares electriques,
batteries de tambours, ravanes, micros accompagnes de leurs chanteurs, et
chanteuses de reves en robes legeres et multicolores bien sur, vont nous
agrementer cette mini-croisiere de danses Mauriciennes et autres tubes de
ces annees 70-75, des prolongations de ce nouvel an 76 en quelque sorte...

Dans la grande salle a manger un buffet est ouvert en permanence, et tous
les matelots sont a disposition des invites pour faire visiter le navire.

Ca y est, nous levons l'ancre, il nous faut d'abord nous eloigner de
quelques kilometres au large, puis nous longerons les cotes de Maurice.

Vue de la mer cette ville de Port-Louis apparait de plus en plus encastree
dans ces montagnes de Peter-Both et du Pouce, la chaleur qu'elle rayonne
forme comme un mirage flou au dessus d'elle, et il n'est que huit heure.

Au loin, vers le nord, nous apercevons l'ile Coin de Mire, un gros rocher
curieux et solitaire, certain l'appele l'ile "trou madame", nous passons
entre lui et la cote, et il faut reconnaitre que, sous un certain angle,
certains aspects du relief de cet etrange ilot sont assez subjectifs.

Plus loin, au nord toujours, c'est l'ile Plate, l'ilot Gabriel, et au fond
l'ile Ronde qui ressemble vraiment a un ballon a demi enfonce dans l'eau.

Vue de la mer, cette partie nord de l'ile Maurice semble desertique, seche,
aride, les vents alizes ont ete stopes par le plateau central et les chaines
du Peter-Both. Le soleil y regne en maitre, aucun nuage... Le nord de l'ile
Maurice est devenu tres touristique surtout pour ses plages et son soleil.

Et toujours ces alignements de pyramides de cailloux au milieux des champs
de canne. Par-ci par-la nous apercevons aussi avec nos puissantes jumelles
les restes des cheminees des toutes premieres usines sucrieres de l'ile.

Bientot nous sommes a la hauteur de Grand-Gaube, l'ile d'Ambre est en vue,
nous commencons a descendre vers le sud par le cote Est de l'ile Maurice.

Le commandant me fait appeler. Nous avons un gros probleme me dit-il, je
dois rester en contact radio permanent avec le port pour la securite des
passagers, la radio etait faible mais ca marchait encore bien jusqu'a ce
que nous passions de l'autre cote de l'ile, mais maintenant c'est devenu
trop faible, vous etes seul specialiste a bord, pouvez-vous nous aider ?

Heureusement il y avait des lampes radio de secours a bord, et la liaison
fut retablie avec le port, notre tour de l'ile va donc pouvoir continuer.

Il est passe midi, nous arrivons a la hauteur de Poste Lafayette, la
vegetation de Maurice, vue du bateau, change progressivement. La cote
Est, tout comme la cote sud, sont frappees de plein fouet par la pluie
et les alizes, ces regions sont les plus verdoyantes, les plus sauvages.

Nous arrivons bientot a Pointe Cocos. Ensuite c'est l'ile aux Cerfs, une
superbe reserve en miniature de flores et faunes sauvages incomparables,
avec nos jumelles nous pouvons meme y observer les animaux en libertes
sur quelques plaines visibles depuis la mer, des Cerfs, des oiseaux...

Vieux Grand Port en vue maintenant, le paysage devient plus montagneux,
ce sont les chaines de Montagne Blanche et puis les Montagnes Bambous.

Les vieux canons des Ex-Batteries Francaises nous font faces, et c'est
impressionant de penser, qu'il y a quelques siecles, des hommes, sur
cette petite terre, d'autre sur la mer, se sont fait face les uns pour
conquerir, les autres pour garder, cette ile merveilleuse. Au dessous de
nous, par quelque cent de metres de profondeur, combien de magnifiques
navires y ont ainsi ete coules, combien de vie y ont aussi ete perdues...

Mais, plein de reves devant ces paysages magnifiques, nous arrivons sur
la baie de Mahebourg, puis notre aeroport de Plaisance est la-bas aussi
mais vu de la mer cette fois-ci. Portee par les alizes sud-est la houle
monte de plus en plus sur cette cote sud de l'ile, et le bateau tangue.

Les rouleaux qui s'ecrasent le long du recif de corail deviennent de plus
en plus gigantestes... Leur point culminant est a la hauteur de Gris-Gris
et de Souillac ou les vagues y depassent souvent les plus de dix metres.

Nous passons Pointe aux Cannoniers quand le rocher Morne-Bradant se dessine,
ce sont les restes curieux d'une tres ancienne petite cheminee volcanique,
avancee dans la mer, un peu comme notre Mont St-Michel mais en modele plus
reduit, l'on y trouve du coton sauvage poussant sur ses flancs abrupts,
nous observons un hotel presque a son sommet ou la vue doit y etre superbe.

Nous sommes maintenant du cote sud-ouest de l'ile, a droite les Monts
Savannes, en haut la Plaine-Champagne et le plateau-central, devant nous
l'ile aux Benitiers, et puis les Gorges de la Riviere Noire,  Tamarin,
Flic-en-Flac, le soleil couchant devient rougeatre sur cette mer d'huile.

Les lumieres des maisons et des rues commencent a s'alumer au loin a fur
et a mesure que le soleil se couche. Tout en haut c'est Curepipe, la ville
lumiere, qui est vue la premiere avec le Trou aux Cerfs, ensuite c'est le
plateau intermediaire qui s'illumine, puis Vacoas sur les flancs du Trou
aux Cerfs, Quatre-Bornes, Rose-Hill, Beau-Bassin ensuite, Port-Louis enfin.

Quel spectacle magnifique que l'image de toute ces villes qui s'illuminent en
se refletant sur cette eau calme et limpide, le ciel se constelle d'etoiles
alors qu'a l'horizon le soleil y jette de derniers reflets oranges, le port
apparaissant ensuite illumine par toutes les lumieres des balises des bateaux.

Rouge comme des ecrevices, pelicules de photo et rouleaux de cinema raz bord,
fatigues par le grand air du large, nous sommes heureux de vite retrouver
la Diplomate pour rejoindre notre campement et y soigner nos coups de soleil.

Sans appetit apres tout ces delices de cuisine que nous avons ingurgites au
cours de la journee, un peu plus tard, c'est dans un lit douillet que nous
cherchons a nous reposer pour rever a toutes les images de cette magnifique
mais trop courte croisiere en mer, un "tour de l'ile Maurice" innoubliable.

Fermons donc les paupieres pour ce soir, et laissons nous aller au reve...

Mariages Indiens, Musulmans, Creoles, Chinois, Fete du Cavadi, Fete de
la Lumiere, Nouvel-an Chinois, Nouvel-an Tamoul, Marche sur les Sabres,
Marche sur le Feu, Marche de Grand-Bassin, Pelerinage du Pere Laval,
le Jardin de Pamplemousse, la Reserve d'Oiseaux de Casela, le Domaine
du Chasseur, l'ile aux Cerfs, la Peche au Gros, le Val, l'elevage des
Crevettes, l'Aquarium en eau naturelle de Grand-Baie, les Usines a
Sucre et la Culture de la canne, la culture du The, le Musee d'Histoire
Naturelle de Port-Louis ou une replique du celebre oiseau le Dodo a ete
reconstirue grandeur nature, le Musee Naval de Mahebourg, la Station de
la Meteo, les Cyclones Tropicaux, le Marche de Port-Louis, etc... etc...

Que sais-je encore ! Tout est tous les jours a decouvrir sur ce petit
bout de terre merveilleux qu'est l'Ile Maurice, et je pourrais encore
vous en raconter bien d'autres de belles histoires comme celle-ci. Je
le ferai sans doute, mais un peu a la fois, de vous raconter la suite.

Mais le depart est maintenant tres proche, et le reve doit se terminer.

Nous avons boucle nos valises, la Diplomate nous a reconduit le chemin
a l'envers vers l'aeroport de Plaisance, c'est de la grande nostalgie,
la fin provisoire d'un reve merveilleux, nouvel an 75/76 a l'Ile Maurice.

L'avion est maintenant au bout de la piste, et nous avons attache nos
ceintures, c'est notre retour vers la France, le Nord, Lille, le froid.

J'y laisse mon coeur, et ma future moitier, c'est promis, je reviendrai.


                      Vingt cinq annees plus tard :
                      -----------------------------

L'ile Maurice a beaucoup changee depuis ce temps, certes ce n'est pas
encore developpe comme nos pays Europeens, mais ca n'en est pas loin,
les building fleurissent partout, et les hotels sont devenus de luxe.

Grace a de nombreux cooperants, comme moi a l'epoque, d'autres avant
moi, bien d'autres depuis, qui ont apporte de la technologie au pays;
Grace a l'aide de grands pays, dont notamment la France, qui y ont
apporte des financements; Grace a de nombreux investisseurs etrangers
qui sont aussi venu, mais pour y creer des usines; Grace a beaucoup de
Mauriciens qui ont pu se rendre par ailleurs a l'etranger pour y suivre
des stages, ou y faire leurs etudes pour ensuite revenir au pays, ou y
travailler pour retourner de l'argent au pays; Grace a tout cela, une
grande majorite du peuple Mauricien vit aujourd'hui d'une facon assez
evoluee quand meme, la majorite a une maison convenable, l'electricite,
l'eau courante, et frigidaire, television, telephone, internet, etc...

Je dois aussi ajouter que l'ile Maurice par elle-meme, toute la nation
Mauricienne, a beaucoup oeuvree, fait aussi beaucoup de sacrifices, pour
que l'ile Maurice soit devenue le pays moderne qu'elle est aujourd'hui.

Mais la vraie misere existe encore ici, tout comme nous l'avions connu a
l'epoque, comme d'ailleurs dans bon nombre d'autres pays dans le monde.

Les gouvernements successifs, ainsi que de tres nombreuses associations
locales et internationales, oeuvrent pour l'eradiquer completement, peu
a peu, mais il faudra du temps encore, et de reelles volontes politiques.

Un grand travail reste donc encore a faire, vers un meilleur bien-etre
de l'ensemble de la population, y reconnaitre l'ensemble de ses enfants
quelqu'en soient leurs origines, tout autant vers plus d'evolution, ainsi
que vers plus de liberte car la mondialisation est aussi un grand defit.

Mais que ce pays preserve son authenticite, sa belle nature sauvage, sa
gentillesse, ses nombreuses coutumes, et tout ce qui en fait son charme.

Que pour ceux qui le visite il reste toujours un reve, au vrai paradis.

Piero.
Retour au debut l'histoire

Texte original de Pierre Pruvost-Sooriah (Piero sur les ondes radio-amateur et pour les proches)


Retour au menu