Le tour de l'Ile (1) (Premiere partie)
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             Le tour de l'ile (premiere partie)
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      La premiere version de ce texte a ete ecrite pour
      internet en 1997, puis corrigee un peu a la fois.


Les belles histoires n'ont jamais de fin. Les reves non plus. Mais
cette histoire que je vais vous raconter est vraie... Elle est un peu
romancee vu que ce n'est pas journal. J'espere que vous la trouverez
palpitante, distrayante, pleine de reves, de soleil, et d'aventures.

Nous sommes en 1975, a Lille dans le nord de la France. L'Automne
commence a marquer le paysage de ses premieres feuilles qui tombent.

Jeune diplome d'ecole un grand rendez-vous est devant moi, c'est ma
vie future. Nous allons tous quitter l'hiver et la France pour l'Ete
tropical de l'Ocean Indien, le soleil, direction "l'Ile Maurice" ...

Attachez vos ceintures, verifier votre thermometre afin qu'il ne saute
pas trop vite car ca va chauffer de plus en plus fort, du soleil en
barre... Mais, pour le moment, il est cinq heure du matin a l'aeroport
de Lesquin quand l'avion commence son lent deplacement vers la piste.

Soudain, le pilote met les gaz a fond, nous sommes une cinquantaine
dans l'avion, pour la majorite c'est notre premier vol, l'avion prend
tres vite de la vitesse, les moteurs font un bruit infernal, puis les
vibrations sont de plus en plus intenses, et, tout a coup, ca y est,
le bi-moteur decolle, direction Londres pour notre premiere etape et
notre premier changement d'avion a l'aerogare sud de Londres-Heathrow.

Il me faut vous dire a ce stade, qu'a l'epoque, les avions n'avaient
pas la capacite de faire Europe/Ile Maurice en une seule etape, comme
cela se fait aujourd'hui. De plus, le nombre de place etait aussi tres
limite, et les avions etaient peu frequent vers cette destination, ceci
d'autant plus que la capacite hoteliere de l'ile Maurice a cette epoque
etait egalement tres reduite. C'etait un pays en voie de developpement.

A Londres nous avons du retirer nos bagages et rejoindre l'aerogare
nord d'Heathrow pour y faire notre premier changement d'avion. Ce
dernier devait nous emmener a Frankfurt ou nous attendait la-bas un
autre avion, enfin en direction de l'ile Maurice, vol non direct bien
sur, ce qui nous permit a chaque escale de visiter le Caire, ensuite
Entebbe, Der-El-Salam, Tananarive, Gilot de La Reunion, et enfin, les
derniers kilometres d'avion qui separent La Reunion de l'ile Maurice.

A court de cette longue traversee, qui dura pres de 30 heures, j'ai
pu voir les sommets des Alpes aux dessus des nuages, toute la vallee
du Nil avec les pyramides, le Lac Victoria, le Kilimanjaro avec ses
neiges eternelles, les vastes rocheuses de Madagascar, etc... Autant
d'images inoubliables que l'on ne peut plus voir ou vivre aujourd'hui
car ce meme voyage maintenant se fait en 11 heures et ceci en un seul
vol direct mais de nuit. Dur pour encore voir du ciel ces merveilles.

Nous voici donc a la Reunion, une grande montagne entouree d'eau, mais
pas le temps de visiter car c'est juste une escale technique, afin de
verifier les moteurs, et y deposer quelques derniers passagers, meme
pas le temps de sentir la chaleur tropicale du fait de la climatisation
de l'appareil, nous ne sommes plus qu'une dizaine encore dans l'avion
lorsqu'il redecolle tres vite pour notre derniere escale, le debut de
notre aventure, l'ile Maurice qui nous est en vue une heure plus tard.

La mer, vue de l'avion, est d'un vert-bleu, flamboyant sous les rayons
du soleil, le ciel est lui meme d'un azur incomparable que je n'avais
jamais vu en France, la descente approche vers l'Ile Maurice, pas un
nuage dans le ciel, c'est une grande excitation dans l'avion, tout le
monde est devant un hublot, les yeux rives sur l'ile Maurice au loin.

Comme nous etions tres peu dans l'avion le pilote nous offre le plaisir
d'un passage a basse altitude au dessus de l'ile, difficile a deviner,
ca ressemble a un vaste plateau entoure d'eau avec quelques tres petits
monts par-ci par-la, la barriere de corail forme une ligne blanche tout
autour de l'ile pratiquement, l'eau des lagons brille comme un diamant
sous les reflets et le feu du soleil, puis la ligne ocre du sable blanc
des plages separe l'eau de la terre, et puis de la verdure, de nombreuses
ravines bien visibles depuis l'avion, des champs de cannes, des villages.

Ca chauffe de plus en plus dans nos coeurs qui palpitent de plus en plus
vite apres un aussi long voyage, la piste est en vue, l'avion descend
doucement, attachez tous vos ceintures, nous allons atterrir bientot, et
ca va chauffer de plus en plus, notre "Tour de l'Ile" commence seulement,
ne fermez donc pas les yeux trop vite pour commencer a rever, ce n'est
que le debut de cette histoire quelques cents metres en dessous de nous.

L'avion a entame sa descente vers l'aeroport de Plaisance, moi je suis
sur la rangee de gauche, les yeux emerveilles devant mon hublot je vois
au loin, a l'Est, les montagnes Bambous, puis la baie de Mahebourg.

Plus au sud la Bleu-Baie rayonne de mille bleus differents avec, au
lointain, la barriere de corail sur laquelle se jettent les rouleaux
de l'Ocean Indien dans de gigantesques gerbes d'eau et d'ecumes.

Le commandant nous annonce que nous ne sommes plus qu'a cinq kilometres
de la piste, nous survolons des champs de cannes a sucre a quelques
cinquante metres d'altitude maintenant, tres lentement nous approchons
de l'aeroport, et de l'atterrissage, et nos yeux regardent partout...

Le sol au dessous de nous, au milieu des champs de cannes, est plein
de petites pyramides, des gros tas de cailloux qui contrastent avec
la verdure de la canne. La-bas une petite ravine draine un chemin
sinueux, comme un large et profond sillon, c'est curieux, la cime des
arbres qui poussent au fond de la ravine depasse de peu la hauteur de
la canne, vue du sol cette ravine serait invisible sans ces arbres.

Mille couleurs, mille merveilles a voir et a decouvrir en meme temps,
nos yeux ne savent plus ou regarder, et ce n'est que le debut de cette
aventure quand le commandant de bord nous annonce "froidement" que la
temperature au sol n'est que de ... "trente cinq degres" (a l'ombre).

Dans la foulee, meme pas le temps de bien prendre conscience de ce que
le commandant nous avait a dit, deja la piste est la, juste en dessous
de nous, un petit rebond apres un court grincement des roues, et c'a
y est, nous avons enfin toucher le sol de Maurice, nous sommes arrives.

La suite du reve Mauricien peut maintenant commencer, realite pourtant.

La-bas, au bout de la piste, il y a un petit hangard, c'etait cela
l'aeroport de Maurice a l'epoque. Aujourd'hui cet ancien batiment est
toujours la, le long de la route de Mahebourg, mais il a ete remplace
depuis par un aerogare beaucoup plus moderne, et meme ultra-moderne.

Notre avion s'immobilise lentement a une centaine de metre de cet
aeroport de fortune, les moteurs sont coupes, et la climatisation
egalement, il faut attendre maintenant l'arrive de l'inspecteur
sanitaire, de longues minutes mes amis, de tres longues minutes...

Entre temps la chaleur entre dans l'avion, et il y fait de plus
en plus chaud, tout le monde est en nage de transpiration lorsque
l'inspecteur sanitaire arrive enfin... L'inspection prend encore
de longues minutes mes amis, et il fait de plus en plus chaud. C'a
y est nous pouvons enfin descendre de l'avion et faire nos premiers
pas sur le sol Mauricien, il fait tres chaud mes amis... tres chaud.

Des le passage de la porte de l'avion c'est une lumiere implacable
qui noircie instantanement les verres photoactifs de mes lunettes,
tout en les remplissant de buee. Apres nettoyage il me faut mettre
en plus une seconde paire de lunettes, de soleil et normale celle-la,
pour attenuer cet aveuglement. Cette lumiere vient du soleil, mais
aussi du sol qui la reflechit tel un miroir, un peu comme un mirage.

Des le passage de la porte de l'avion c'est une bouffee de chaleur
moite, humide, qui nous prend a la gorges, impossible de respirer,
l'on ne sentait meme plus l'air ni entrer ni sortir de nos poumons.

Au bas de l'echele, qui nous amene de l'avion au sol ferme, nous ne
sommes plus en nage, nous sommes comme dans une salle de sudation.

L'asphalte est presque collant, la chaleur qu'il rayonne traverse
la semelle de nos espadrilles et nous brulle les pieds au travers.

Je vous laisse imaginer mes amis dans quel etat nous avons traverve
a pied les cent metres qui separaient l'avion de l'aerogare, ceci
avec tout nos bagages a main, cameras, mais surtout nos vetements
d'hiver que nous n'avions pas quitte depuis notre depart de France.

Je dois vous rassurer de suite, qu'aujourd'hui, les avions modernes
gardent la climatisation jusqu'a la sortie du dernier passager, que
l'avion ne s'immobilise qu'a quelques metres du nouvel aerogare, et
qu'une passerelle bien fermee et egalement climatisee vous conduit
directement dans le nouvel aerogare qui est egalement climatise...

Le temps des demarches administratives, et de recuperer leur bagages,
les milliers de touristes qui debarquent aujourd'hui chaque jour, ici
a Maurice, ont maintenant tout le temps de s'habituer a la chaleur lors
de leur arrive, surtout quand nous sommes ici plein Ete tropical,
c'est a dire des mois d'Octobre-Novembre a ceux de Mars-Avril...

Mais, a cette epoque, tout cela etait encore tres rudimentaire ...

Nous arrivons donc sain et sauf dans cet aerogare, et enfin de l'ombre,
au dessus de nos tetes les immences palmes de quelques gros ventilateurs
plafonniers essayent tant bien que mal de brasser l'air, il fait chaud.

Comme nous etions tres peu dans l'avion, et que de plus j'etais attendu
avec une grande impatience, toute les formalites d'usage furent vites
remplies par les autorites locales, et nos bagages vites recuperes.

La-bas un chauffeur m'attend au volant d'une vieille "Opel Diplomate",
huit cylindres en ve, boite automatique, climatisee quel bonheur, et
donc enfin a nouveau un peu de vraie fraicheur apres avoir charge les
bagages et refermer tres tres vite toutes les vitres de l'auto. Dehors
il fait tres chaud, c'est le matin, et ca va chauffer de plus en plus.

Bien que pouvant assurement rouler a plus de 200 Km/h, vu l'etat de
la route ici a ce que je peux en juger du premier coup d'oeil, cette
voiture n'a jamais du bien souvent depasser le 50 Kilometre/heure.

Mon travail etait a mi-temps dans la capitale Port-Louis, et mi-temps
a la petite station de Radio-Television qui est a Curepipe. Un logement
m'a ete reserve entre les deux, a Beau-Bassin, notre prochaine etape.

Juste pour quelques explications, la France participait a cette epoque
a l'installation du nouveau systeme de television en couleur "SECAM" a
Maurice, en remplacement des vetustes equipements de l'unique emetteur
noir-et-blanc qu'il y avait alors... (Aujourd'hui nous pouvons capter
8 chaines de television voie hertzienne et deux bouquets paraboliques).

D'autres techniciens etaient venus avant moi pour l'installation. Ma
mission etait de proceder aux reglages finaux, ainsi qu'a d'eventuelles
modifications, puis a former les techniciens locaux a l'usage et a la
reparation de ces nouveaux equipements. L'inauguration devait se faire
le jour de Noel 1975... Mais revenons ici a notre aventure tropicale...

Pour vous en donner une idee, du nord au sud, l'ile Maurice ne mesure
que 60 kilometres seulement, et environ 40 kilometres d'Est en ouest...
elle est donc plus petite que le departement du Nord en France ...

L'auto demarre et nous quittons l'aeroport pour traverser presque tout
de suite le premier village qui le jouxte, Plaine-Magnien. C'est notre
premier vrai contact maintenant avec la population de l'ile Maurice.

Ce qui frappe en premier les yeux ce sont les couleurs. Ce ciel qui
est d'un azur incomparable et pur, inconnu en France. Ceci est du a
l'epaisseur de la couche d'air atmospherique qui est differente ici
sous les tropiques et l'equateur, avec aucun nuage en haute altitude.

La verdure, des milliers de verts differents selon les essences, des
fleurs du blanc au violet et passant par presque toutes les couleurs,
ces arbres dis Flamboyants dont les fleurs rayonnent dans le soleil
d'un rouge incomparable qui contraste avec le vert de leur feuilles.

La couleurs de la population dans ses vetements, des saris indiens
multicolores, aux robes europennes egalement multicolores, presque
tout est fluo, hors mesure du temps sous ce soleil aussi implacable.

Les maisons qui longent la seule route d'alors pour traverser l'ile
du sud au nord, sont deja, pour beaucoup d'entres-elles, en solides
parpaings et en betons, mais beaucoup d'autres sont encore en bois,
et la pluspart ont encore leur toit fait avec de simples toles.

D'autres encore ont leur toit en paille, un peu comme notre chaume,
mais en beaucoup plus rudimentaire, certaines maisons ne sont faites
que de toles sous lesquelles la chaleur est torride. Dans l'ensemble,
a cette epoque, l'habitat etait encore tres modeste, et de fortune.

Devant chaque maison une sorte de prehaut deborde sur la route, et
forme un rudimentaire trottoir a meme la chausse, un abri lors des
grosses pluies tropicales eventuelles, mais surtout pour ce soleil.

Toute la population vivait pratiquement ainsi, dans la rue, sous ces
prehauts, a longueur de journee, et meme souvent aussi tard le soir.

Selon l'orientation du soleil c'est le cote qui se trouve a l'ombre
de ces prehauts qui s'anime alors d'un va et vient continuel le long
de boutiques et nombre de petits metiers d'artisanats bordant la rue.

Couturieres avec leurs vielles machines coudre a main, a pedale, ou a
manivelle, comme nos anciennes machines a coudre d'antan, tailleurs,
ferblantiers, cordonniers, menuisiers, maquettistes de bateaux, tous
travaillent ainsi presque au bord de la route, sous ces prehauts, ce
qui etait en fait en plus une attraction pour les rares touristes.

Le contraste des couleurs qui se melangent s'en trouve renforce, selon
la lumiere, sous tout ces etalages ou milles articles de toute sorte, et
de toutes les couleurs egalement, y sont en ventes pratiquement en vrac,
des fruits et legumes, aux plastiques, matelas, casseroles, toiles...

Sans parler des ambulants qui vous proposent bonbons piments, ananas,
bananes, ou autres excellents samoussas ou doles, gardes a l'abri des
insectes dans des aquariums de verre fixes a l'avant meme d'un velo.

A la sortie de Plaine-Magnien un terrain de foot-ball. Il y a un
match local aujourd'hui. La couleur des maillots des joueurs, d'un
jaune et noir pour les uns, et d'un bleu et rouge pour les autres,
avec le vert de la pelouse, toute cette population multicolore assise
a meme la terre autour de ce stade rudimentaire, ces cris en creole,
cette annimation sous ce soleil intense, innoubliable dans ma memoire.

Soudain, mon attention est attiree par une sorte de stele sur le cote
du stade, pres des buts, au dessus de cette stele il y a une sorte de
coffrage ferme avec un cadenas, je demande au chauffeur de ralentir,
et je lui demande ce que c'est que cette stele et ce coffrage ???

C'est la television locale m'explique-t-il ! les gens sont pauvres
vous savez, ils n'ont pas les moyens de s'acheter un recepteur de
television, alors ils se sont cotises tous ensemble, et le soir ils
viennent tous regarder leur deux heures d'emissions quotidiennes,
ensemble, sur le stade, tous assis dans l'herbe, sous les etoiles.

Et, je le constaterai par la suite, la nuit tombante, l'air a peine
un peu moins chaud, une petite brise legere cependant, sous un ciel
constelle d'etoiles plus brillantes les unes que les autres, dans
tous les vilages de l'ile a cette epoque, tous les habitants se
rassemblaient ainsi, a meme le sol, dans les stades, ou les places
publiques, pour regarder leur deux heures de television quotidienne.

Pour l'annecdote, j'etais un jour spectateur d'une courte emission de
varietes realisee en direct depuis le seul studio, "star-show" etait
le nom de cette petite emission, et, de temps en temps, le realisateur
demandait aux cameras de faire un zoom sur "la foule" comme ils disent
ici, c'est a dire sur nous les quelques spectateurs present en studio.

Eh bien pendant plus de quinze jours je n'ai plus pu me deplacer dans
l'ile sans que quelqu'un ne me reconnaisse et ne m'interpelle... Disons
aussi, qu'a cette epoque, il y avait encore tres peu d'europeen par ici.

C'est comme ca l'ile Maurice, un microcosme insulaire, pluri-ethnique,
pluri-culturel, arc-en-ciel, tout le monde connait tout le monde, tout
cela se passait tres bien generalement, et souvent dans la tranquilite.

Mais reprenons notre aventure. La route qui nous conduit maintenant vers
les hauts n'est pas trop mauvaise en soit. C'etait la "route royale" a
cette epoque, un equivalent de nos "nationales", Maurice etait encore
un dominium Anglais, et, bien que le Francais soit la langue la plus
commune ici (avec le creole), l'anglais n'en reste pas moins la langue
officielle. Mais les Mauriciens sont tres fiers de parler le Francais.

Pas trop mauvaise en soit... il faut le dire assez vite quand-meme,
c'etait plutot dans le genre de certain vieux sentiers de campagne,
goudronne, sinueux, sans dire montagneux assez vallonnes quand meme,
sans parler des trous a cause du manque d'entretien, et rouler trop
trop vite nous exposerait vite a quelques cascades rocambolesques.

Aujourd'hui cette vieille route a ete, non seulement egalisee, et a
certain endroit on peut encore observer les anciennes denivellations
de plusieurs metres, mais aussi elle a ete pratiquement doublee de
largeur, ce qui permet maintenant de croiser deux voitures sans trop
de danger. A ce propos, l'on roule a gauche ici a Maurice, comme en
Angleterre, et c'est une cause d'accident pour de nombreux touristes.

Nous traversons les champs de canne a sucre jusque Rose-Belle et
Nouvelle-France, je revois ces pyramides de cailloux qui avaient
attires mon attention depuis l'avion, ce sont des debris volcaniques
que les planteurs retirent de la terre des champs pour augmenter la
surface cultivable, mis en pyramides regulieres au milieu des champs
ils accumulent aussi de l'humidite et ils servent en quelque sorte
d'irrigation naturelle. Ils sont tres currieux ces allignements de
pyramides de tas de cailloux, au millieu de ces champs de canne.

L'Ile Maurice est en fait les restes d'un tres ancien volcan, bien
plus ancien que son ile soeur de La Reunion. Avec l'erosion seul
subsiste un vaste plateau central dont l'altitude ne depasse guere
les 600 m. Autour, les restes des plus anciens crateres ne forment
plus que quelques chaines de petites montagnes a peine plus hautes,
le plus haut sommet de l'ile etant le Peter-Both qui culmine a 823 m.

La vegetation change un peu a la fois que nous montons vers Curepipe,
l'air devient plus frais, ce n'est pas la foret vierge, mais presque,
avec de grands arbres comme dans une jungle impenetrable. Les hauts
de l'ile sont aussi beaucoup plus nuageux, l'evaporation de la mer
s'y concentre, la pluie y est plus frequente et elle alimente toute
les ravines des bas d'une eau bienfaisante pour la vegetation.

Cette seule route passe par les hauts, par Curepipe. Dans les temps
les plus anciens, les coches epuises s'arretaient la pour y changer
les chevaux, et les nobles passagers des caleches en profitaient
pour y curer leur pipe tout simplement, d'ou le nom de Curepipe...

Curepipe est une ville par rapport aux villages que nous avons
traverses, ville lumiere, car dans les temps tres anciens elle se
voyait de tres loin le soir d'un peu partout dans l'ile. C'est le
marche aujourd'hui, a meme le sol des marchands etalent fruits et
legumes de toute sorte, bananes, papaye, ananas, pommes d'amour,
bred de toute sorte, poissons, viandes, autour de nuees de mouches.

Apres ces couleurs toujours presentent partout, une autre sensibilite
de cette ile merveilleuse se revelle : ses parfums. Maintenant dans
les hauts, l'air y etant devenu plus frais, nous avons pu couper la
climatisation de la Diplomate et ouvrir les fenetres. Les essences
de la vegetation etaient deja sensibles. Ici, dans ce marche, c'est
un curieux melange, indefinissable, subtil, d'odeurs exotiques qui
m'etaient inconnues, et qui en representent aussi un grand charmes.

Nous n'avons pas trop le temps de nous attarder et nous entamons la
descente vers le nord de l'ile, traversons rapidement Rose-Hill, nous
voici enfin a Beau-Bassin, nous tournons a gauche dans une petite
ruelle, que dis-je, un sentier de terre, et, tout au bout, au bord
d'un champs de canne, notre villa de sejour et un jardin tropical.

La villa regarde vers l'ouest de l'ile, au loin, au dessus des cannes
en pente, je ne vois pas la plage de sable blanc, mais je vois bien le
lagon et la barriere de corail. Il se fait tard, le soleil descend vite
a l'horizon, d'un rouge eclatant, comme s'il doublait de volume, la
mer le reflete et devient peu a peu comme un mirroir gigantesque.

Entre la villa et les champs de canne se dresse un magnifique petit
jardin, des dizaines de curieux petits arbres tropicaux suivent le
petit sentier qui le traverse. Sur le cote une petite riviere berce un
leger clapotis, dans une de ses anses un petit bassin a ete amenager
pour abriter quelques dizaines de poissons exotiques multicolores.

Bien alignes, au milieu de la pelouse vert-anglais, sont entretenus des
espaces floraux ou eclatent mille petales aussi de toutes les couleurs.

Les employes de la maison sont egalement la a nous attendre : Le gardien,
qui est egalement notre jardinier; son epouse, qui est aussi la cuisiniere
et la femme de menage; et leur quatre enfants (l'ainee avait 7 ans) ... 

Surprise, nous ne pouvons pas entrer la Diplomate dans le garage ??? en
effet, c'est la qu'habitent les employes de la maison... Juste une ampoule
electrique pour le soir, un vieux rechaux a alcool pour la cuisine, et
quelques nattes a meme le sol pour dormir... Ils en sont tres heureux !

Il va sans vous dire que tout cela a ete change tres vite, nous avons
amenage des lits corrects, une cuisine, une table a manger, la radio et
la television, ainsi que veille aux etudes de ces enfants alors illetres.

L'ancien garage est devenu une maison, et la Diplomate a dormi dehors...

Leur prochain Noel sera a la hauteur, un reve autant que le notre d'etre
ici. Aujourd'hui, plus de vingt ans apres, nous les revoyions de temps en
temps, ils ont leur propre maison a eux, et nous sont tres reconnaissant.

Nous decouvrirons progressivement cette autre carracteristique de l'ile
Maurice, l'accueil, et la gentillesse de cette pauvre population. Est-ce
un bien, mais comment faire pour ne pas essayer d'aider cette population,
encore ignorante de tout nos problemes lies a une civilisation avancee ?
en partie le probleme de "Gulliver" dans les contes de "Jonathan Swift".

Mais le soleil se couche maintenant, les bagages ont ete ranges, la nuit
commence a s'etoiler, il fait toujours aussi chaud et il va falloir vite
nous habituer egalement aux ronronnements permanent de ces ventilateurs.

Le ciel est illumine d'etoiles, mais nous tombons trop de sommeil
pour l'admirer davantage. Au loin la lune se refletent sur les eaux
calmes du lagon. Des crapeaux-buffles s'animent de leurs croassements
dans le champs de canne. Mille choses se sont deja passees alors que
nous ne sommes qu'a peine arrives... Par ou commencer le reve ?

Alors, sous cette chaleur encore intense, fenetres grandes ouvertes,
ventilateurs a fond, nous fermons les mousticaires, nous fermons les
yeux, et nous continuerons la suite de l'histoire a la seconde page.

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