Les debuts du Radio-Amateurisme a l'Ile Maurice
(contribution des RA Mauriciens lors du conflit 1939-45)
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L'histoire commence dans les annees 35-39 pour parler d'un groupe de jeunes
ages de 18 a 22 ans qui essayaient de percer les mysteres de la radio. Leurs
noms : Leny Mazery, Gaston Koenig, Volcy de Robillard, Paul Caboche, Jean
Regnaud, Henri d'Agnel, Robert Morin, et d'autres dont les noms m'echapppent.

Ces jeunes s'echangeaient les resultats de leurs experiences, construisant
de petits recepteurs et emetteurs de radio, entrant en contact entre-eux
via les ondes, mais aussi avec d'autres passionnes de pays voisins comme
l'ile de la Reunion, Madagascar, Sud-Afrique, etc... qui s'interessaient
tout comme eux a cette tres grande decouverte du 20ieme siecle : La radio.

Tous apprirent par leurs propres moyens les rudiments de l'electricite, les
techniques des ondes hertzienes, ainsi que la lecture au son du code morse
qui etait a cette epoque la condition sine qua non pour entrer en contact.

A travers le monde, beaucoup de pays reconnurent et accepterent de donner
des licences d'operation (dite experimentales) a leurs debutants, en leur
attribuant des frequences propres a eux, et par la suite des indicatifs.

Ces jeunes voulurent en faire de meme ici a l'ile Maurice et ils adresserent
des requetes ecrites au PMG (POST MASTER GENERAL) qui etait, comme dans bien
d'autres pays (eventuellement sous d'autres noms), l'autorite de tutelle.

Un "niet" verbal fut la reponse du PMG. Mais cela n'empecha pas ces jeunes
de continuer a aller de l'avant et, lorsque le conflit mondial eclata, le
service des postes n'etant pas a la hauteur et s'en etant lave les mains,
les autorites, sachant qu'il existait des radio-amateurs a Maurice, agirent
de la meme facon qu'en Europe bientot en guerre, decidant de requisitionner
toutes leurs realisations, mais demandant aux services de l'electricite et
du telephone plus competants d'en faire un inventaire et puis la collecte.

Mr Georges Bond des services precites passa tres gentillement chez chaque
radio-amateur pour l'aviser qu'un vehicule viendrait le lendemain afin de
lui prendre ses appareils et, bien conscient de la gravite de la situation,
les radio-amateurs aiderent par eux-meme a la collecte donc d'une vingtaine
de leurs realisations de radio d'amateur. Mr Bond dut en faire un rapport a
ses superieurs car, par la suite, le gouvernement fut amene a demander des
comptes au PMG, dont un des departements etait responsable, de savoir s'il
etait au courant qu'il y avait autant de radio-amateurs a l'ile Maurice !

Le PMG (Post Master General) nia que les radio-amateurs lui avaient fait
des demandes ecrites afin d'avoir une autorisation legale d'operer ce qui
etait leur loisir sur les ondes radio, et il les poursuivit en justice sous
le chef de possession illegale d'equipements de radio en temps de guerre...

Un jeune avocat, Me Harold Glover, defendit leur cause et prouva que la
plainte etait illegale vu que les equipements en question n'etaient plus
en possession des radio-amateurs quand le conflit mondial passa ensuite
en etat de guerre mondiale. Ce fut la confusion au tribunal et l'affaire
fut renvoyee... A la reprise on demanda s'il y avait une objection a ce
que la poursuite amende le libelle d'une loi datant de 1936, la seule
applicable, ou les peines etaient minimes vu qu'il y etait specifie que
ceux qui avaient fait une demande par ecrit au PMG etaient excusables.

Tout le monde accepta et les radio-amateurs ne durent payer que 5 roupies
d'amende, le franc symbolique, ce au grand dam du PMG pourtant responsable.

Mais, a la suite de ces evenements, le gouvernement realisa qu'il y avait
un besoin urgent de tres bons techniciens, sachant aussi lire le morse et
donc capable de faire des transmissions via les ondes radio. Il fit donc
appel aux radio-amateurs. Et ceux-ci, sans rancune, se mirent en avant.

Oui, mais pour cela il fallait pouvoir recuperer les equipements ! Cela
fut fait en moins de temps qu'il n'en avait fallu pour les collecter, et
voici donc ce que furent les roles de quelques-uns de ces radio-amateurs.

Leny Mazery fut envoye a Vacoas (actuel poste de police) ou la, dans un
batiment requisitionne a la famille Nairac, il monta un service d'ecoute
des nouvelles du front de guerre qu'il re-envoyait ensuite a la station
de radio nationale pour une rediffusion dans les journaux d'information.

Par la suite Leny fut affecte au bureau de l'information a Curepipe, la
ou se trouve maintenant le stade Georges V, et qui avait ete classe top
secret pour la circonstance. La, 150 personnes environ etaient sous ses
ordres. Et 24 heures sur 24 toutes les frequences etaient sur ecoute. Un
personnel special avait meme ete charge de decoder le morse des Japonais
sensiblement different alors du code morse international. Une tres grande
partie des codes secrets des Japonais fut ainsi dechiffree ici a Maurice.

Gaston Koenig, etant deja fonctionnaire, ne fut pas sollicite. Mais Jean
Regnaud lui fut envoye dans un premier temps sur l'ile Salomon des Chagos
puis, etant d'origine Francaise, il rejoignit les services radio des FFL.
De son cote Robert Morin fut lui affecte a la station de radio maritime.

Apres un passage par les services du chiffre, Paul Caboche fut lui charge
d'aller d'installer une station de radio a Diego Garcia afin de communiquer
avec Volcy de Robillard reste lui a Maurice et a qui l'on avait egalement
rendu tout ses equipements. Volcy opera depuis chez lui sous le controle
de la Royal Navy, une ligne de telephone directe fut meme installee (via
le poste de police de Beau-Bassin) pour retransmettre les informations.

Et ainsi, durant de long mois, deux fois par jour, furent etablies toutes
les communications de la Royal Navy entre l'ile Maurice et sa base de Diego 
Garcia, ceci avec des equipements de radio-d'amateurs en attendant d'avoir
des equipements militaires mieux adaptes pour cela, ce qui fut fait quelques
mois plus tard, et ce qui permit par la suite a la base de Diego Garcia de
devenir la plaque tournante des communications radio dans l'Ocean Indien.

Paul Caboche resta pres de 3 ans a Diego Garcia. Il fut ensuite transfere
a la Royal Navy de Vacoas. Puis, vu ses competences, il fut mute dans les
services secrets car une invasion de l'ile Maurice etait toujours possible
par les Japonais ou les Allemands, or les services de renseignement avaient
besoin sur place de personnes qualifiees sur qui elles pouvaient compter.

On comprend mieux a ce stade l'importance strategique de cette region de
l'Ocean Indien, dont l'ile Maurice, et les Chagos ou l'ile de Diego Garcia
est militairement vitale pour les USA aujourd'hui, au meme titre que l'ile
Tromelin au dela de l'ile de la Reunion pour la France. Regardez pour cela
une carte azimutale centree sur nous, et vous y comprendrez beaucoup mieux
pourquoi tout ce qui touche a la radio reste encore ici un sujet sensible.

Voila, cette guerre est finie depuis plus de 45 ans maintenant, mais tous
les premiers radio-amateurs de l'ile Maurice sont fiers de la confiance que
les autorites avaient placee en eux a cette epoque. Ne portant pas alors un
uniforme on nous considerait comme espions. Mais nous n'en etions pas moins
quand meme des PATRIOTES... et avons tous beaucoup oeuvrer pour le pays...

Apres la guerre d'autres jeunes Mauriciens de cette epoque rejoignirent ce
petit groupe tres dynamique de premiers radio-amateurs, je ne citerai pour
memoire d'apres-guerre que France Dumont (3B8AM), le pere Nicolas (3B8AP),
Raymond Raffray (3B8AR), puis bien plus tard Jacques Cantin (3B8CA) auteur
de chansons celebres, et Jules Labat (3B8CS) longtemps responsable du CEB.

Des personnels etrangers demanderent aussi des indicatifs radio-amateurs,
puis des operateurs radio Mauriciens des services Meteo, Aviation, etc. La
suite (de la derniere guerre a nos jours) est resumee sur une autre page.

Je vous ecris ces lignes pour l'histoire, age aujourd'hui de 84 ans je suis
l'un des derniers encore vivant de cette epoque. Mais je sais que tous nos
camarades radio-amateurs de cette epoque a travers le monde, meme de la haut
pour beaucoup d'entre-nous, partagent ma pensee que la radio nous a tous uni.

Nous esperons tous que cette meme confiance sera egale aujourd'hui, et dans
les temps futurs, envers tout ceux dont la passion est le radio-amateurisme,
et que tous les vrais radio-amateurs sauront a leur tour s'en montrer digne.

73
Paul
3B8AD.

Texte original de Paul Caboche (3B8AD) readapte pour internet par Piero (3B8GO)

Les R.A Mauriciens de la guerre a nos jours

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